Nouvelles frontières sectorielles et clôture en beauté
Pour sa troisième journée professionnelle, le 13 juin, VivaTech 2025 a élargi le projecteur vers de nouvelles frontières de l’innovation dans les secteurs d’activité. Le salon a exploré comment la tech bouscule des domaines aussi variés que le tourisme, le commerce, les ressources humaines ou encore la finance. Sur l’espace TravelTech (K24), des acteurs comme Accor, Club Med ou le groupe ADP ont présenté des solutions numériques pour réinventer l’expérience de voyage – qu’il s’agisse d’IA pour un service client hyper-personnalisé dans l’hôtellerie ou de robotisation pour fluidifier le passage en aéroport. À quelques stands de là, la RetailTech était également à l’honneur : par exemple, la startup française Vusion a montré comment ses étiquettes intelligentes et la vision par ordinateur peuvent transformer les magasins physiques en espaces connectés optimisés (réduction des stocks, aide aux vendeurs, etc.). Le groupe Fnac-Darty (Hall 2) exposait aussi des innovations en magasin pilotées par l’IA. Côté Ressources Humaines et productivité, des solutions comme Airudi (un outil de recrutement dopé à l’IA, présenté sur le Pavillon du Canada) ou Freddy AI de Freshworks (chatbots et assistants génératifs pour le support client) ont illustré comment l’automatisation intelligente se met au service des entreprises et employés. Même la signature de contrats se réinvente : DocuSign a dévoilé son moteur d’IA Iris, qui apporte automatisation et analyse sémantique à chaque étape du cycle de vie d’un accord. Enfin, le cabinet KPMG (G28) a présenté Linkup, un agent conversationnel capable d’effectuer des recherches web en langage naturel pour fournir aux décideurs des informations à jour de manière structurée – un exemple de plus d’IA conçue pour augmenter l’expertise humaine.
Au-delà des stands, la scène de conférence a connu des temps forts marquants en cette fin de salon. Cliff Obrecht, cofondateur et COO de Canva, a partagé « 5 leçons tirées d’une décennie d’hypercroissance » lors d’une interview inspirante. En dix ans, sa startup australienne est passée d’un petit outil de design à une plateforme mondiale de communication visuelle de plus de 230 millions d’utilisateurs. Obrecht a insisté sur l’importance de rester centré sur l’utilisateur et de bâtir une culture résiliente pour soutenir la croissance – des principes qui ont permis à Canva de réussir, et qu’il place au cœur de sa nouvelle phase d’expansion. Peu après, c’est Sarah Friar, la directrice financière d’OpenAI, qui est montée sur scène pour discuter de « l’ère de l’AGI » (intelligence générale artificielle). Sans annonce fracassante, elle a brossé les perspectives de transformations à venir pour les entreprises : selon elle, OpenAI et ses pairs dessinent un futur où l’IA sera un partenaire du quotidien, “codéveloppant” avec les humains dans de nombreux domaines. Les entreprises doivent donc se préparer à intégrer ces modèles avancés et à repenser leurs process pour tirer parti de cette nouvelle donne.
La technologie quantique a également fait une apparition remarquée : le lauréat du prix Nobel Alain Aspect (CNRS/Institut d’Optique) et Jay Gambetta (VP IBM Quantum) ont animé une session sur le calcul quantique et son impact futur. « La révolution quantique n’est peut-être pas pour demain matin, mais les bases se posent aujourd’hui », a averti Alain Aspect, encourageant les dirigeants à anticiper dès maintenant les avancées en cours. Ils ont expliqué comment les qubits permettront de résoudre des problèmes hors de portée des ordinateurs classiques, bouleversant potentiellement des secteurs comme la cryptographie, la logistique ou la chimie. Message aux entreprises : il est temps d’investir dans les compétences quantiques pour ne pas rater le coche lorsque cette technologie atteindra sa maturité.
Parmi les événements insolites du jour, un procès fictif opposant un avocat humain et une IA a captivé l’audience. Organisée sur la Scène Découverte, cette joute oratoire ludique – “L’avocat humain vs l’IA” – a mis en lumière les forces et limites de l’IA dans un contexte juridique. Si l’IA peut analyser des milliers de pages de jurisprudence en un clin d’œil, la plaidoirie a souligné que la raison juridique ne se réduit pas à des données : la nuance, l’éthique et l’empathie restent des atouts humains difficiles à répliquer. Cet exercice a posé avec pédagogie la question : jusqu’où automatiser le droit sans trahir son humanité ?
En clôture de l’après-midi, d’autres sessions se sont projetées vers l’avenir. John Elkann (CEO d’Exor) et l’ex-Premier ministre italien Enrico Letta ont débattu de la place de l’Europe dans la course tech mondiale, appelant le continent à jouer collectif pour ne pas devenir un marché passif. Et pour finir sur une note d’optimisme audacieux, Thomas Wolf, cofondateur de Hugging Face, a embarqué le public « vers l’infini et au-delà » en explorant le futur de l’IA open source. Il a plaidé pour une IA réellement collaborative et transparente, développée comme un bien commun mondial – seule voie selon lui pour éviter un monopole de quelques acteurs sur des modèles fermés.
Au fil de la journée, le salon a également reçu la visite de nombreuses personnalités publiques internationales (ministres du Canada, d’Estonie, du Maroc, du Nigeria, etc.), témoignant de l’intérêt mondial suscité par VivaTech. En soirée, le volet professionnel du salon s’est achevé dans une ambiance festive grâce au concert électro de The Blaze (lors de la Viva Night au Dôme) et aux divers afterworks organisés dans Paris. VivaTech 2025 tire ainsi sa révérence sur un bilan très positif : pendant trois jours, la tech aura connecté startups, leaders industriels et décideurs publics autour des grands défis de notre époque. De l’IA au quantique, du climat à la santé, l’innovation s’est montrée sous son meilleur jour, prête à réinventer nos façons de vivre et de travailler – avec l’humain fermement placé au cœur de l’équation.

