Nous étions présent pour votre plus grand plaisir à la 11ème édition du Forum Entreprendre dans la culture sur le beau campus de l’ENS Architecture de Paris-Belleville le jeudi 3 juillet 2025!
Voici ce qu’on a vu :
Création humaine vs contenus synthétiques : une frontière fragile
La table ronde « Création humaine vs contenus synthétiques » (10h-11h15, Amphi B. Huet) a abordé un enjeu central de l’ère numérique : comment garantir une visibilité à la création humaine à l’heure où les contenus générés par IA prolifèrent en ligne ?
Face à la montée en qualité des productions automatisées, il devient difficile de faire la distinction. Cette table ronde a permis de présenter des initiatives concrètes, portées par des professionnels de la culture, des médias et de la tech, pour :
- Identifier la création humaine dans les flux numériques ;
- Valoriser les œuvres originales ;
- Construire des référentiels et des labels capables d’authentifier les productions humaines.
Le sujet concerne de nombreux secteurs : photographie, journalisme, musique, arts visuels. Tous sont confrontés à un enjeu commun : ne pas laisser l’IA invisibiliser la créativité humaine.
Atelier « L’IA au service de la découvrabilité et de l’exploration des collections »
(2ème étage Salle 2 )
Cet atelier a mis en lumière les possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour améliorer l’accès, la visibilité et l’exploration des collections patrimoniales. À travers trois retours d’expérience concrets, les intervenants ont présenté des projets innovants exploitant l’IA afin d’enrichir l’expérience des publics et favoriser la découvrabilité des ressources culturelles.
Parmi les projets présentés :
- La Philharmonie des savoirs de la Cité de la musique – Philharmonie de Paris : un ambitieux projet d’indexation des archives basées sur la parole, utilisant l’intelligence artificielle pour rendre les contenus oraux mieux accessibles et navigables.
- HikarIA, développé par Teklia en partenariat avec le musée Guimet : cet outil s’appuie sur l’IA pour analyser automatiquement des milliers de photographies anciennes du Japon.
HikarIA permet notamment la détection automatique des images et de leur orientation, la génération de légendes automatisées et une indexation linguistique — aujourd’hui majoritairement en anglais, avec un travail d’adaptation en cours.
Cette technologie offre un gain d’échelle important, rendant les collections plus accessibles à divers publics, qu’ils soient chercheurs, photographes ou amateurs.
Toutefois, les limites du système sont également soulignées : un taux d’erreur supérieur à celui de l’humain, des biais difficiles à maîtriser, et une intégration parfois complexe dans les systèmes d’information existants. - Gallica Images : projet de la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour l’indexation des contenus iconographiques de la bibliothèque numérique Gallica, visant à enrichir la recherche et la navigation des collections visuelles.
L’atelier a également permis d’ouvrir un échange sur les défis et opportunités liés à l’intégration de ces technologies, notamment en termes de qualité des données, d’acceptation par les professionnels du patrimoine, et de respect des exigences éthiques et environnementales.
Atelier-démo « Sensibilisation aux outils d’IA »
(Studio D1)
Cet atelier immersif invite les participants à découvrir de manière ludique et interactive le potentiel de l’intelligence artificielle générative. Animé par Dorian Bardavid, adjoint au sous-directeur projets et produits au ministère de la Culture (SNUM), il propose d’apprendre à « prompter » — c’est-à-dire à formuler des requêtes efficaces pour guider l’IA dans la création de contenus.
Au programme :
- Création d’images assistée par IA ;
- Rédaction de textes bluffants générés automatiquement ;
- Expérimentation en direct pour tester, imaginer et s’émerveiller des capacités créatives de l’IA.
Cet atelier s’adresse aussi bien aux curieux qu’aux créatifs ou à ceux qui souhaitent simplement mieux comprendre les outils d’IA et leur impact potentiel sur les pratiques numériques et culturelles. Il met en lumière la façon dont l’IA peut devenir un véritable partenaire pour donner vie aux idées, tout en sensibilisant aux limites et enjeux éthiques.
Notre conclusion
Entre exploration patrimoniale avec HikarIA, réflexion critique sur les modèles et leur impact, et stratégies de préservation de la création humaine, le Forum 2025 a dressé un panorama complet des enjeux culturels liés à l’intelligence artificielle.
Loin d’un simple effet de mode, l’IA est désormais une composante structurelle de l’écosystème culturel. Encore faut-il l’encadrer, la comprendre, et l’utiliser au service de la diversité, de la transparence et de la création.
In fine, ce forum offre un nouveau prisme de lecture sur un débat souvent perçu comme conflictuel – IA versus culture – et ouvre la voie à une cohabitation fructueuse, où l’intelligence artificielle devient un instrument de médiation, de transmission et de promotion de la création culturelle.
Par Marie Pezé

