Stegra est une entreprise suédoise qui veut transformer la fabrication de l’acier en remplaçant le charbon utilisé pour réduire le minerai de fer par de l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau. Son projet phare se situe à Boden, dans le nord de la Suède. Il associe production d’hydrogène, réduction directe du minerai et aciérie électrique au sein d’un même ensemble industriel.
De H2 Green Steel à Stegra
Fondée en 2020 sous le nom de H2 Green Steel, l’entreprise est issue de l’écosystème de Vargas, société d’investissement suédoise engagée dans la transition industrielle. Elle adopte le nom Stegra en septembre 2024, avec l’ambition d’inscrire son développement au-delà d’un seul projet sidérurgique. Boden reste toutefois le socle de sa stratégie : construire une nouvelle capacité de production plutôt que convertir un site équipé de hauts-fourneaux.
Le choix du nord de la Suède repose notamment sur l’accès à une électricité largement décarbonée. Le projet nécessite aussi des infrastructures adaptées, des compétences industrielles et des financements importants, mobilisés auprès d’investisseurs et de prêteurs internationaux.
Intégrer l’hydrogène et la sidérurgie
Le procédé repose sur plusieurs étapes complémentaires. Des électrolyseurs produisent de l’hydrogène à partir d’eau et d’électricité. Cet hydrogène sert ensuite à retirer l’oxygène du minerai de fer dans une unité de réduction directe, en générant principalement de l’eau plutôt que le dioxyde de carbone associé à l’utilisation du charbon. Le fer obtenu alimente une aciérie électrique, qui peut également incorporer de la ferraille recyclée, avant les opérations de coulée et de laminage.
Cette organisation vise une forte diminution des émissions de fabrication par rapport à la sidérurgie conventionnelle. Elle ne signifie pas pour autant un acier sans empreinte carbone : l’extraction et la préparation du minerai, les transports, les consommables et l’origine de l’électricité restent déterminants. La disponibilité d’une énergie compétitive constitue ainsi une condition centrale du modèle économique.
Stegra cible notamment les industriels soucieux de réduire les émissions liées à leurs achats de matériaux. L’entreprise a annoncé des accords commerciaux avec des groupes comme Mercedes-Benz, BMW et Scania. Ces engagements contribuent à sécuriser les débouchés d’une production dont le coût doit être compatible avec les exigences des clients.
Et maintenant ?
Le défi de Stegra est celui du passage à l’échelle industrielle. La réussite de Boden dépend de la coordination entre approvisionnement électrique, électrolyse, traitement du minerai et fabrication d’un acier répondant aux spécifications attendues. La maîtrise du calendrier, des investissements et de la montée en cadence sera aussi décisive que la performance environnementale du procédé.
À plus long terme, l’entreprise entend reproduire son approche sur d’autres marchés disposant d’électricité renouvelable. Cette perspective dépendra de la demande pour l’acier bas carbone, des politiques climatiques et de la capacité des acheteurs à valoriser durablement la réduction des émissions.