Hysata s’attaque à l’un des principaux postes de coût de l’hydrogène vert : l’électricité consommée pour séparer l’eau en hydrogène et en oxygène. L’entreprise australienne développe une technologie d’électrolyse alimentée par capillarité, avec l’objectif de limiter les pertes énergétiques du procédé. Son positionnement est celui d’un fournisseur d’équipements pour les futurs producteurs d’hydrogène, plutôt que d’un exploitant de projets énergétiques. La pertinence économique de son offre dépend donc aussi du prix et de la disponibilité d’une électricité bas-carbone.
Des laboratoires de Wollongong à l’industrialisation
Créée en 2021, Hysata s’appuie sur des recherches menées à l’université de Wollongong, en Nouvelle-Galles du Sud. Les fondements de sa technologie ont notamment fait l’objet d’une publication dans Nature Communications en 2022. L’enjeu consiste à faire évoluer l’architecture de la cellule d’électrolyse, et pas seulement à améliorer les matériaux qui la composent. Dirigée par Paul Barrett, la société a engagé le passage du laboratoire à la fabrication industrielle depuis la région de Wollongong.
Elle a notamment ouvert un site à Port Kembla, dans un bassin historiquement associé à la sidérurgie et aux activités portuaires. En mai 2024, une levée de fonds menée par bp Ventures et Templewater a accompagné ses ambitions de développement. Ce financement doit soutenir l’augmentation des capacités de fabrication et la poursuite des travaux d’ingénierie, deux étapes distinctes de la validation scientifique initiale.
Réduire les pertes au cœur de l’électrolyseur
Dans un électrolyseur conventionnel, la formation et la circulation des bulles de gaz peuvent contribuer aux pertes d’efficacité. Hysata utilise une alimentation par capillarité pour apporter l’électrolyte aux électrodes et faciliter l’évacuation des gaz produits. Cette organisation vise à réduire les résistances internes et, par conséquent, la quantité d’électricité nécessaire pour obtenir un kilogramme d’hydrogène.
L’entreprise développe cette approche dans une architecture d’électrolyse alcaline. Elle met en avant une efficacité énergétique élevée, mais les performances annoncées doivent être appréciées selon leur périmètre : cellule seule ou système complet, équipements auxiliaires compris. Pour les acheteurs industriels, la consommation électrique ne suffit pas à départager les solutions. La durée de vie, la maintenance, le coût d’installation et le comportement face aux variations de puissance constituent également des critères déterminants.
Et maintenant ?
Le prochain enjeu pour Hysata est de démontrer que les gains obtenus avec son architecture se maintiennent à grande échelle et sur des durées d’exploitation industrielles. Cela suppose une fabrication reproductible, une chaîne d’approvisionnement robuste et des équipements intégrables aux projets des clients. Les débouchés potentiels concernent notamment l’ammoniac, la chimie et certains procédés sidérurgiques, où l’hydrogène bas-carbone peut remplacer des ressources fossiles. La trajectoire de l’entreprise restera toutefois liée au rythme réel des décisions d’investissement dans ces filières. Une meilleure efficacité peut améliorer l’équation économique, sans résoudre à elle seule les questions d’infrastructures, de financement et de demande.