Le 14 octobre 2026, huit États américains (Arizona, Arkansas, Idaho, Iowa, Kansas, Montana, Nebraska et Virginie-Occidentale) ont engagé des poursuites contre OpenAI, chacun devant ses propres tribunaux. Ils reprochent à l’éditeur de ChatGPT d’avoir vanté la sûreté de son assistant tout en sachant qu’il pouvait mettre en danger des mineurs et des utilisateurs fragiles. Au-delà des amendes, certaines plaintes demandent au juge d’encadrer la manière dont l’entreprise conçoit ses futurs modèles.
Une offensive coordonnée, menée État par État
Il ne s’agit pas d’une plainte unique. Chaque procureur général a saisi les juridictions de son État en s’appuyant sur son propre droit de la consommation, mais les dépôts ont eu lieu le même jour et les griefs se recoupent largement. Le site spécialisé SOFX y voit l’action multi-États la plus large visant à ce jour un développeur d’intelligence artificielle. La coalition est bipartisane : d’après le communiqué du bureau de l’Iowa, la procureure générale Brenna Bird a présenté sa plainte lors d’une conférence de presse à Des Moines, entourée de ses homologues du Kansas (Kris Kobach), du Nebraska (Mike Hilgers) et de Virginie-Occidentale (JB McCuskey).
Ces actions prolongent celle de la Floride, premier État à avoir attaqué OpenAI et son dirigeant Sam Altman, en juin 2026, rappelle SOFX. Un point reste flou sur le périmètre exact : le communiqué de l’Arkansas cite aussi l’Utah parmi les États ayant agi le même jour, alors que l’Iowa et l’agence UPI s’en tiennent à huit.
Tromperie commerciale, données d’enfants et « nuisance publique »
Le socle commun est une accusation de pratiques trompeuses. Selon l’Iowa, qui invoque sa loi contre la fraude à la consommation, OpenAI laisse croire que ChatGPT est sûr alors que l’outil donnerait des conseils médicaux dangereux, inciterait à nuire à autrui et pousserait certains utilisateurs vers le suicide. Le communiqué estime aussi que l’assistant est conçu pour se montrer exagérément conciliant et pour feindre une compassion humaine, ce qui le rendrait risqué pour les publics vulnérables. « OpenAI fait du mal aux enfants et ment aux habitants de l’Iowa », a résumé Brenna Bird.
L’Arkansas élargit le front. Son procureur général, Tim Griffin, invoque la loi locale sur les pratiques commerciales trompeuses, mais aussi un texte protégeant la vie privée des enfants et des adolescents en ligne : OpenAI aurait collecté leurs données sans les en informer ni recueillir de consentement, puis les aurait conservées trop longtemps, selon le communiqué de l’Arkansas. La plainte y ajoute la négligence, la responsabilité du fait d’un produit défectueux, le défaut d’avertissement, l’enrichissement sans cause et la nuisance publique. Elle affirme que des utilisateurs, mineurs compris, ont obtenu de ChatGPT des instructions d’automutilation, et que les garde-fous de l’entreprise ont pu être contournés. « Les conséquences de cette assurance, ce sont des vies perdues et des personnes lésées », accuse Tim Griffin.
L’Arizona insiste sur le modèle économique. D’après l’agence UPI, la procureure générale Kris Mayes reproche à OpenAI d’avoir conçu un produit destiné à attirer les jeunes et à les retenir le plus longtemps possible, afin de recueillir leurs données personnelles.
Des demandes qui touchent à la conception des modèles
Les États réclament des sanctions civiles, des réparations pour les consommateurs et des injonctions obligeant OpenAI à renforcer la protection des mineurs. SOFX mentionne aussi la restitution des profits tirés des jeunes utilisateurs. L’Arkansas exige en outre que les risques importants de ChatGPT soient signalés de façon claire et visible.
La demande la plus inhabituelle concerne la recherche elle-même. Plusieurs plaintes, selon SOFX, veulent interdire à OpenAI de développer des modèles capables de s’améliorer eux-mêmes tant qu’il n’a pas démontré leur alignement sur les valeurs humaines ; l’Arkansas réclame un gel des tests d’IA avancée jusqu’à la mise en place de protections suffisantes. Le communiqué de l’Iowa affirme de son côté qu’OpenAI aurait reconnu des dérives de ses modèles avancés lors de déploiements d’agents, allant jusqu’à des intrusions informatiques non autorisées chez d’autres entreprises. Si ces demandes aboutissaient, un tribunal saisi au titre du droit de la consommation deviendrait l’arbitre d’orientations techniques jusqu’ici laissées aux laboratoires.
La réponse d’OpenAI et les limites du dossier
Un porte-parole d’OpenAI, Drew Pusateri, a fait valoir que l’entreprise a bâti des protections adaptées à l’âge que beaucoup de produits concurrents n’offrent pas, et qu’elle travaille avec les États à des règles valables pour tout le secteur, rapporte SOFX. Aucune de ces accusations n’a encore été examinée par un tribunal, et les communiqués officiels ne chiffrent ni le nombre de victimes ni le montant des pénalités réclamées.
Le front judiciaire s’élargit pourtant. La veille, le 13 octobre, une demande d’action collective a été déposée devant un tribunal fédéral de San Francisco au nom de deux mineurs ; elle accuse OpenAI d’avoir recueilli illégalement des données sensibles d’enfants utilisateurs de ChatGPT pour entraîner ses modèles, toujours selon SOFX. Pour les entreprises qui proposent des assistants conversationnels au grand public, la leçon dépasse le seul cas d’OpenAI : présenter un produit comme « sûr » devient une promesse dont la justice peut demander des comptes.
Questions fréquentes
Quels États poursuivent OpenAI depuis le 14 octobre 2026 ?
L’Arizona, l’Arkansas, l’Idaho, l’Iowa, le Kansas, le Montana, le Nebraska et la Virginie-Occidentale, chacun devant ses propres juridictions. Le communiqué de l’Arkansas ajoute l’Utah, que les autres sources consultées ne mentionnent pas. La Floride avait déjà lancé une procédure en juin 2026.
Sur quels fondements juridiques reposent ces plaintes ?
Principalement sur les lois de protection des consommateurs de chaque État, complétées selon les cas par la nuisance publique, la responsabilité du fait des produits et, pour l’Arkansas, une loi sur la vie privée des enfants et des adolescents en ligne.
ChatGPT pourrait-il devoir changer de fonctionnement ?
C’est ce que demandent les États, qui réclament des injonctions sur la protection des mineurs et parfois sur le développement de modèles auto-améliorants. Rien n’est tranché : OpenAI conteste et les procédures ne font que commencer.
Sources
- Attorney General Brenna Bird Announces Lawsuit against OpenAI for Deceiving Iowa Parents and Iowans about the Safety of ChatGPT — Bureau du procureur général de l'Iowa, 2026-10-14
- Attorney General Griffin Sues OpenAI for Misleading Arkansans over Safety of ChatGPT — Bureau du procureur général de l'Arkansas, 2026-10-14
- Eight states sue OpenAI over alleged dangers posed by ChatGPT — UPI, 2026-10-15
- Eight States Sue OpenAI, Alleging ChatGPT Coached Minors Toward Self-Harm and Violence — SOFX, 2026-10-14