Hailo conçoit des processeurs pour l’intelligence artificielle embarquée, un marché où la performance doit composer avec des contraintes de consommation, de coût et d’encombrement. Installée à Tel-Aviv, l’entreprise israélienne cherche à rendre possible l’exécution de réseaux neuronaux au plus près des capteurs et des utilisateurs. Cette approche, dite d’IA en périphérie ou « edge AI », limite le recours systématique à des serveurs distants pour analyser une image ou interpréter un flux vidéo.
Une entreprise née des contraintes de l’embarqué
Créée en 2017, Hailo compte notamment parmi ses cofondateurs Orr Danon et Avi Baum. Son développement repose sur une architecture spécialisée dans les calculs des réseaux neuronaux, plutôt que sur l’adaptation d’un processeur généraliste. L’objectif est de mieux organiser la circulation des données et les opérations nécessaires à l’inférence, c’est-à-dire l’utilisation d’un modèle déjà entraîné.
Hailo fonctionne selon le modèle des entreprises de semi-conducteurs sans usine : elle conçoit ses puces et s’appuie sur des partenaires pour leur fabrication. Sa diffusion passe par les fabricants d’équipements, les fournisseurs de modules et les intégrateurs qui incorporent ses composants dans leurs propres produits.
Des accélérateurs aux processeurs de vision
La gamme Hailo-8 constitue l’un des socles de son offre. Ces accélérateurs prennent en charge les calculs d’IA en complément du processeur principal d’un appareil. Ils sont proposés sous différentes formes, notamment des modules destinés à faciliter leur intégration dans des machines existantes. Les usages visés comprennent l’inspection industrielle, l’analyse vidéo, la gestion des déplacements et la robotique.
Avec Hailo-15, l’entreprise propose également des processeurs de vision conçus pour les caméras intelligentes, associant traitement d’image et capacités d’intelligence artificielle. La famille Hailo-10 étend son positionnement à l’IA générative locale. Ces différentes offres répondent à un même enjeu : traiter davantage de tâches dans l’équipement, sans dépendre en permanence d’une connexion au cloud.
Le matériel s’accompagne d’outils logiciels permettant de convertir, d’optimiser et de déployer les modèles sur ses architectures. Cette chaîne de développement est déterminante pour passer d’une démonstration à un produit commercial. En 2024, l’intégration d’un accélérateur Hailo-8L au kit d’IA pour Raspberry Pi 5 a aussi ouvert cet écosystème à un public plus large de développeurs et de concepteurs de systèmes embarqués.
Et maintenant ?
La progression de l’IA embarquée offre à Hailo des débouchés au-delà de la seule reconnaissance d’images. L’exécution locale de modèles génératifs pourrait favoriser des interfaces plus réactives et réduire certains transferts de données sensibles. Elle impose toutefois de composer avec la mémoire disponible, la dissipation thermique et l’évolution rapide des modèles.
Pour Hailo, l’enjeu sera autant logiciel qu’électronique : simplifier l’adaptation des applications, assurer leur maintenance et convaincre les industriels sur la durée. Face aux solutions concurrentes, la différence se jouera sur les performances réellement obtenues, mais aussi sur le coût et la facilité d’intégration dans chaque équipement.