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Carrefour abaisse ses objectifs 2026 : les violences en France coûtent jusqu’à 200 M€

L’essentiel

Carrefour chiffre de 80 à 200 M€ l'impact des violences en France et revoit ses objectifs 2026. Ce que l'alerte dit de la consommation et du commerce.

À retenir

Carrefour chiffre de 80 à 200 M€ l'impact des violences en France et revoit ses objectifs 2026. Ce que l'alerte dit de la consommation et du commerce.

Carrefour a révisé à la baisse ses objectifs 2026 le 20 octobre au soir, en estimant entre 80 et 200 millions d’euros l’effet des violences et des pillages en France sur son résultat opérationnel courant. Fermetures, couvre-feux, dépenses de sécurité et consommation déjà fragile assombrissent la fin d’année. Le 21 octobre au matin, l’action perdait environ 13 %, la plus forte baisse du CAC 40.

Un avertissement chiffré, en pleine saison commerciale

Dans son communiqué, cité par l’agence Agefi-Dow Jones sur ABC Bourse, le distributeur met en cause une détérioration du climat social et sécuritaire dans l’Hexagone. D’après France Épargne, une partie de ses magasins urbains subit des violences et des pillages depuis le samedi 17 octobre. Une cinquantaine de points de vente ont été atteints dès la première journée, a précisé Alexandre Bompard aux analystes, et des fermetures préventives ont suivi les 18 et 19 octobre, sur un parc d’environ 6 000 magasins en France.

Le PDG évoque une « situation inédite » pour le groupe. Son directeur financier, Matthieu Malige, a détaillé l’addition : 80 à 200 millions d’euros d’impact total sur le résultat opérationnel courant, soit 3,7 % à 9,3 % de celui de 2025 (2 158 millions d’euros), selon le calcul de France Épargne. Les coûts directs, qui recouvrent les marchandises volées ou détruites, la casse dans les magasins, la remise en état et le renfort de sécurité, représentent « plusieurs dizaines de millions d’euros ».

Quatre objectifs revus d’un coup

  • Marge opérationnelle courante : une progression de 0 à 15 points de base, alors que le groupe visait plus de 25 points le 23 juillet, ce qui la placerait entre 2,6 % et 2,75 %.
  • Résultat net ajusté par action : attendu stable, voire en légère progression, face aux 1,60 euro de 2025, alors qu’une progression voisine de 10 % était prévue.
  • Cash-flow libre net : un léger recul au lieu d’une légère hausse.
  • Investissements : 1,6 milliard d’euros au lieu de 1,7 milliard, avec des dépenses resserrées en France d’ici la clôture de l’exercice.

Matthieu Malige prévient que les couvre-feux continueront d’imposer des fermetures plus précoces et de réduire la fréquentation dans les prochaines semaines. Il s’attend à une activité moins soutenue jusqu’à la fin de l’année, sur fond de « très fortes incertitudes » pour les consommateurs, rapporte ABC Bourse.

Une consommation qui flanchait déjà

Les violences n’expliquent pas tout. Le directeur financier situe à la mi-septembre les premiers signes d’essoufflement de la consommation, en citant aussi la flambée des prix de l’énergie et des carburants ainsi que les mobilisations lycéennes, selon France Épargne. Au troisième trimestre : 22,69 milliards d’euros de ventes pour le groupe (+3,9 %) et +2,3 % à magasins comparables, un peu mieux que les 2,1 % attendus par les analystes. Mais la France, qui pèse 52 % des ventes, ne gagne que 1,2 % en comparable, juste sous le consensus de 1,3 %.

Le détail est parlant. Les anciens magasins Cora et Match gagnent 6,1 %, quand le parc historique se contente de 0,7 %. La proximité avance de 3,3 %, les hypermarchés de seulement 0,6 %. À l’étranger, l’Espagne (+2,1 %) et le Brésil (+1,4 %) restent sous les attentes, et les ventes en ligne du groupe bondissent de 18 %.

La sanction de la Bourse et des analystes

Le mercredi 21 octobre, le titre a cédé environ 13 % dans la matinée, de loin le pire recul de l’indice parisien, selon un article de Zonebourse repris par EasyBourse. L’analyse d’ABC Bourse relève que l’action évolue désormais à près de 20 % de son plus haut de mai (17,53 euros) et ne se paie plus qu’environ neuf fois les profits anticipés, quand Ahold Delhaize et Tesco s’échangent entre 12 et 14 fois.

Jefferies, qui reste à « neutre », abaisse de 6,5 % sa prévision de résultat opérationnel et table désormais sur un repli de 5 % des ventes comparables en France au quatrième trimestre, bien plus marqué que la baisse de 1,4 % retenue par le consensus. AlphaValue envisage de réduire son objectif de cours d’environ 5 % et juge la visibilité très faible jusqu’aux fêtes, avec un risque de nouvelles manifestations pendant le Black Friday.

Ce que ça révèle pour le commerce physique

Carrefour n’est pas un cas isolé : au moins 3 000 commerces ont été endommagés ou pillés en France le week-end des 17 et 18 octobre, d’après le décompte des autorités cité par France Épargne, et le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, a demandé le 19 octobre aux préfets des couvre-feux « partiels » et « très localisés ». L’écart entre quelques dizaines de millions de coûts directs et un impact total pouvant atteindre 200 millions suggère que le manque à gagner pèse bien plus que la casse.

Le calendrier aggrave l’exposition : Carrefour qualifie la fin d’année de période décisive pour tout le secteur, et une nouvelle journée de mobilisation était annoncée pour le samedi 24 octobre. Alexandre Bompard maintient malgré tout son plan Carrefour 2030, qui mise notamment sur la proximité et le commerce en ligne, les deux formats qui ont le mieux résisté ce trimestre. Jefferies estime que l’essentiel des effets devrait être rattrapé en 2027, sans pouvoir encore le chiffrer précisément.

Questions fréquentes

Combien les violences coûtent-elles à Carrefour ?

Le groupe évalue l’impact total sur son résultat opérationnel courant 2026 entre 80 et 200 millions d’euros, dont plusieurs dizaines de millions de coûts directs (vols, casse, remise en état, sécurité). Le groupe impute aussi sa révision au recul de la fréquentation et aux horaires d’ouverture raccourcis par les couvre-feux.

Quels objectifs Carrefour a-t-il abaissés ?

Quatre : la progression de la marge opérationnelle courante (0 à 15 points de base au lieu de plus de 25), le résultat net ajusté par action (stable, voire en légère progression), le cash-flow libre net (léger repli) et l’enveloppe d’investissements (1,6 milliard d’euros au lieu de 1,7).

Le plan stratégique de Carrefour est-il remis en cause ?

Non, selon la direction : Alexandre Bompard assure que la feuille de route Carrefour 2030 reste la même. Les analystes restent prudents, faute de visibilité.

Sources

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