Les centres de données sont devenus le premier poste des investissements annoncés en France. Selon le bilan Trendeo du premier semestre 2026, relayé par France Épargne, ils totalisent 88,3 milliards d’euros d’annonces, alors que près de 18 GW de projets attendent leur raccordement chez RTE et que les délais se comptent en années. Entre l’effet d’annonce et la mise en service, c’est le réseau électrique qui impose son rythme.
Un semestre dominé par les data centers
Publié le 24 août 2026, le bilan du cabinet Trendeo recense 209,6 milliards d’euros d’investissements annoncés en France sur les six premiers mois de l’année, détaille France Épargne. Les data centers en représentent 88,3 milliards et l’énergie 71,5 milliards : à eux deux, ces secteurs pèsent 76 % du total. Le contraste avec l’industrie manufacturière est frappant, puisque le même bilan compte 51 ouvertures d’usines pour 91 fermetures.
Une poignée de dossiers géants explique ces montants. SoftBank s’est engagé à développer jusqu’à 5 GW de capacités de calcul, pour une enveloppe qui pourrait monter à 75 milliards d’euros ; une première tranche, de 45 milliards, doit livrer d’ici 2031 3,1 GW dans les Hauts-de-France, à Loon-Plage, au Bosquel et à Bouchain. Dans le Nord, Data4 projette pour sa part un campus de 700 MW sur la commune d’Escaudain, chiffré à 5 milliards d’euros. Iliad a sécurisé en Seine-et-Marne l’ancienne centrale EDF de Montereau-Vallée-de-la-Seine, avec un raccordement possible jusqu’à 700 MW et environ 4 milliards d’euros à la clé.
18 GW dans la file d’attente de RTE
Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité recensait en mai 2026 environ 18 GW de demandes de raccordement signées pour quelque 80 projets, selon France Épargne. Fin 2024, la file ne comptait encore que 5 GW, répartis sur une quarantaine de dossiers. L’Île-de-France en concentre près de 7 GW, les Hauts-de-France environ 6 GW.
Ces volumes doivent être lus avec prudence. Dès mars 2026, Techniques de l’Ingénieur rapportait que RTE jugeait « artificiels » les volumes de demandes déposées par les usines et les data centers : peu de ces projets se concrétisent, et leurs porteurs ont tendance à surestimer nettement leurs besoins en électricité. Le site JeChange relève de son côté que les data centers branchés ces dernières années ne mobilisent en moyenne que 20 % de leur puissance réservée. Rapporté aux 18 GW réservés, ce taux laisse attendre une consommation réelle très inférieure, selon le site.
Des délais qui se comptent en années
Un rapport sénatorial de février 2026, cité par France Épargne, évalue à deux ou trois ans l’obtention du permis de construire et de l’autorisation environnementale, et à cinq à sept ans le raccordement électrique. Thomas Reynaud, directeur général d’Iliad, estime pour sa part qu’il faut entre deux ans et deux ans et demi pour arriver au lancement du chantier. France Épargne résume la situation d’une formule : « le capital est engagé, le calendrier ne l’est pas ».
La France ne fait pas figure d’exception. À Francfort et à Londres, les délais atteignent sept à dix ans, et en Irlande les data centers absorbent déjà 22 % de l’électricité du pays, selon Techniques de l’Ingénieur. Le même article cite Charles-Antoine Beyney, patron de DataOne, pour qui ouvrir un datacenter en France relève de « l’enfer ».
Les règles du jeu sont en train de changer
RTE veut en finir avec la logique du premier arrivé, premier servi. D’après JeChange, le gestionnaire vise d’ici fin 2026 une règle fondée sur la maturité des dossiers, résumée en « premier prêt, premier servi », afin de distinguer les chantiers réels des simples réservations.
La région Île-de-France, qui concentre 44 % des 322 data centers recensés en France fin 2024 et entre 65 et 70 % de la capacité installée, pousse dans le même sens. Sa stratégie adoptée le 25 juin, rapporte Localtis, prône une priorité accordée aux projets selon leur intérêt pour le territoire, une implantation dans les zones d’activités existantes et le financement de la totalité des coûts de réseau par les opérateurs eux-mêmes plutôt que par la facture de tous les usagers, ce qui exigerait de modifier la loi.
Sur le terrain, l’acceptabilité locale devient un autre facteur de retard : France Épargne cite des projets contestés à Alixan (Drôme), Rantigny (Oise) et Fouju (Seine-et-Marne). Pour les investisseurs comme pour les collectivités, la question n’est plus de savoir si la France attire les data centers, mais lesquels seront réellement branchés, et à quelle date.
Questions fréquentes
Combien a-t-on annoncé d’investissements dans les data centers en France en 2026 ?
Selon le bilan Trendeo du premier semestre 2026, 88,3 milliards d’euros, ce qui en fait le premier secteur devant l’énergie. Il s’agit d’annonces : ces montants reposent sur des projets qui restent à construire.
Pourquoi faut-il autant de temps pour ouvrir un data center ?
Il faut obtenir un permis de construire et une autorisation environnementale, puis être relié au réseau à haute tension. Un rapport du Sénat cité par France Épargne estime ce raccordement à cinq à sept ans ; selon Techniques de l’Ingénieur, l’afflux de demandes contraint RTE à allonger ses délais.
Que change la réforme voulue par RTE ?
Le gestionnaire veut cesser de traiter les demandes par ordre d’arrivée pour favoriser les projets les plus avancés. L’objectif est de libérer la capacité bloquée par des réservations qui ne se concrétisent pas.
Sources
- Data centers : 88,3 milliards annoncés en France, 18 GW en attente de raccordement — France Épargne, 2026-09-01
- Ce que les data centers pèsent déjà sur le réseau français — JeChange, 2026-09-11
- Datacenters : la région Île-de-France veut maximiser les retombées locales — Localtis (Banque des Territoires), 2026-07-03
- Les opérateurs de datacenters font face à des délais de raccordement qui s’allongent — Techniques de l’Ingénieur, 2026-03-06