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Character.ai sous Chapter 11 : pourquoi la licorne des chatbots compagnons s’effondre

L’essentiel

Character.ai s'est placé sous Chapter 11 le 12 octobre. Procès, enquêtes, coûts, offre de Disney : les raisons de la chute et ce qui attend les usagers.

À retenir

Character.ai s'est placé sous Chapter 11 le 12 octobre. Procès, enquêtes, coûts, offre de Disney : les raisons de la chute et ce qui attend les usagers.

Cinq ans après sa création, Character.ai, l’application qui permet de converser avec des personnages animés par l’intelligence artificielle, s’est placée le 12 octobre 2026 sous la protection du Chapter 11, la procédure américaine de sauvegarde, afin de céder l’essentiel de ses actifs sous le contrôle d’un tribunal. Disney s’est positionné le premier, avec une offre de 20 millions de dollars pour une licence sur une partie de sa technologie. Une chute rapide pour une start-up devenue licorne dès 2022, rattrapée par les procès, les enquêtes des autorités et le coût de son modèle.

Ce que prévoit la procédure

La société a annoncé tard dans la soirée du lundi 12 octobre son placement sous Chapter 11, rapporte Gizmodo. Les documents déposés évaluent son actif comme son passif dans une fourchette de 50 à 100 millions de dollars. L’objectif n’est pas de se réorganiser pour repartir seule, mais de vendre la totalité ou presque de ses actifs dans le cadre d’une cession supervisée par la justice, solution jugée la plus à même de maximiser la valeur pour l’ensemble des parties prenantes, selon le conseil d’administration.

Disney sert d’offre de référence : 20 millions de dollars pour une licence non exclusive et perpétuelle sur certains éléments de propriété intellectuelle, d’autres candidats pouvant surenchérir. D’après TechCrunch, le groupe assurera aussi des services de transition grâce à d’anciens salariés de Character.ai qui l’ont rejoint en septembre 2026, en même temps que l’ancien patron de la start-up, Karandeep Anand. Disney a fait de ce dernier son vice-président exécutif senior et le premier directeur technique de son histoire, note Gizmodo. La cession devrait être bouclée fin novembre ou début décembre.

Procès, régulateurs et coûts en hausse

L’actuel directeur général, Colin Adams, attribue ces difficultés à « d’importants vents contraires juridiques, réglementaires et opérationnels », selon CBS News. Le premier front est judiciaire. Une mère de Floride a accusé l’application d’avoir contribué au suicide de son fils de 14 ans, devenu obsédé par un chatbot ; une plainte déposée au Texas affirmait que des personnages avaient poussé un adolescent de 17 ans à se mutiler. Début 2026, Character.ai et Google ont accepté de régler plusieurs de ces dossiers à l’amiable.

Les autorités ont pris le relais. En janvier 2026, le procureur général du Kentucky, Russell Coleman, a reproché aux chatbots de s’en être pris à des enfants ; en mai 2026, la Pennsylvanie a porté plainte, accusant un personnage de s’être présenté comme psychiatre diplômé, numéro de licence inventé à l’appui. Le Texas avait de son côté ouvert une enquête peu après la plainte de la mère de Floride, pour vérifier le respect des lois sur la vie privée et la sécurité des enfants. La plateforme avait réagi en octobre 2025 en annonçant des contrôles d’âge et la fin des conversations libres pour les moins de 18 ans.

Le modèle économique pesait lui aussi. TechCrunch rappelle que Character.ai figurait parmi les applications où les utilisateurs passent le plus de temps. Pour un service d’IA, cette fidélité a un revers : les coûts de calcul augmentent avec l’usage, ce qui oblige à convertir l’audience en revenus.

Une trajectoire liée à Google

Fondée fin 2021 par deux anciens ingénieurs de Google, Noam Shazeer, coauteur de l’article fondateur des Transformers, et Daniel De Freitas, Character.ai est devenue une licorne en septembre 2022 après une levée de 150 millions de dollars. En août 2024, Google a signé un accord de 2,7 milliards de dollars pour exploiter sous licence ses modèles, et les deux fondateurs sont retournés chez le géant ; l’entreprise a ensuite renoncé à entraîner ses propres modèles de fondation. Elle revendiquait 20 millions d’utilisateurs actifs mensuels en octobre 2024 et avait levé plus de 193 millions de dollars au total, selon PitchBook cité par TechCrunch, notamment auprès d’a16z et de Lightspeed.

Ce parcours illustre la fragilité des applications d’IA grand public : la technologie et les fondateurs ont été valorisés par un grand groupe, tandis que la plateforme devait encore affronter les procès, les régulateurs et la facture de calcul.

Ce qui change pour les utilisateurs

Dans l’immédiat, rien : le service fonctionne normalement et les abonnements restent actifs. L’entreprise dit avoir l’intention de prévenir ses abonnés à l’avance si des fonctions payantes évoluent, selon CBS News. Les données personnelles restent soumises à la politique de confidentialité, qui autorise toutefois leur transmission en cas de vente ; chacun peut supprimer son compte ou exporter ses données. Colin Adams a toutefois prévenu, d’après TechCrunch, que la plateforme serait fermée si aucune offre viable n’émergeait.

Questions fréquentes

Character.ai va-t-il fermer ?

Pas dans l’immédiat. Le service continue pendant la procédure de vente, attendue fin novembre ou début décembre 2026. Une fermeture n’est envisagée qu’en l’absence de repreneur crédible.

Disney rachète-t-il Character.ai ?

Pas en l’état. Disney propose 20 millions de dollars pour une licence non exclusive sur une partie de la propriété intellectuelle, et d’autres candidats peuvent présenter une meilleure offre d’ici la clôture de la vente.

Que faire de ses conversations et de ses données ?

Les utilisateurs peuvent exporter leurs données ou supprimer leur compte depuis l’application ou le site de Character.ai. La politique de confidentialité permet de transférer les données à un acquéreur en cas de cession.

Sources

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