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Coalition SPUR : l’AFP, Radio France et le New York Times s’unissent face à l’IA

L’essentiel

Une quarantaine de médias, dont l'AFP et le New York Times, rejoignent SPUR pour mesurer l'usage de leurs contenus par l'IA et obtenir une rémunération.

À retenir

Une quarantaine de médias, dont l'AFP et le New York Times, rejoignent SPUR pour mesurer l'usage de leurs contenus par l'IA et obtenir une rémunération.

Une quarantaine de médias, dont l’AFP, Radio France et le New York Times, ont rejoint le 13 octobre 2026 la coalition SPUR, qui compte désormais plus de 80 membres. Leur projet : mesurer précisément ce que les systèmes d’intelligence artificielle font de leurs contenus, puis obtenir que cet usage soit rémunéré. Une démarche collective qui rompt avec les accords signés titre par titre jusqu’ici.

Une initiative britannique devenue mondiale

SPUR, acronyme de Standards for Publisher Usage Rights, est née au début de 2026 d’une lettre ouverte signée par cinq patrons de médias britanniques : Tim Davie (BBC), Jon Slade (Financial Times), Anna Bateson (The Guardian), David Rhodes (Sky News) et Anna Jones (Telegraph Media Group), rapportait CB News. Les signataires reprochaient aux développeurs d’IA d’entraîner leurs modèles sur des contenus de presse sans cadre commun pour autoriser ni payer cet usage, et regrettaient l’opacité sur la façon dont les réponses des assistants sont fabriquées.

Le groupe s’est ensuite étoffé par vagues. Début juin, en clôture du congrès annuel de la WAN-IFRA, l’organisation qui fédère les éditeurs de presse du monde entier, une trentaine de nouveaux membres l’avaient rejoint, dont le français CMA Media (BFM, RMC, Brut), entré au conseil d’administration, le groupe SIPA Ouest-France, le Suisse Ringier ainsi que des titres canadiens, selon une dépêche de l’AFP publiée par CB News. La vague d’octobre ajoute The Economist, L’Équipe, The Observer et The Atlantic, ainsi que des organisations d’éditeurs brésiliennes, japonaises, argentines et colombiennes, d’après Puremédias. Selon l’AFP, citée par Prothom Alo, cette arrivée double le nombre d’éditeurs participants.

Mesurer les usages avant de négocier

La coalition ne se veut pas un simple porte-voix. Elle entend bâtir une infrastructure technique permettant aux éditeurs de suivre l’utilisation de leurs articles par les outils d’IA, puis de s’appuyer sur ces données pour discuter de licences payantes. Pour l’AFP, qui l’écrit dans son communiqué, rendre ces usages mesurables est la condition de toute négociation. Son PDG, Fabrice Fries, juge que la valeur de l’information produite en amont « doit être reconnue, citée et rémunérée ». David Buttle, cofondateur et porte-parole de SPUR, appelle les rédactions du monde entier à « s’unir pour se protéger ».

D’après l’AFP, la coalition veut aussi aider ses membres à repérer les reprises non autorisées et à conclure des accords commerciaux avec les éditeurs d’assistants comme ChatGPT ou Claude. L’enjeu est économique : le modèle des éditeurs souffre de la concurrence des plateformes d’IA, accusées par le patron du New York Times de détourner audience et revenus.

Des accords bilatéraux très concentrés

Ce choix collectif répond à un marché déséquilibré. Dans une étude publiée le 11 septembre, Reporters sans frontières dénombre 230 accords rendus publics entre des rédactions et des sociétés d’IA générative destinée au grand public, signés de 2023 à mai 2026 ; 71 % d’entre eux concernent des médias anglo-saxons. Les États-Unis en totalisent 128, le Royaume-Uni 29 et la France 25, ces derniers portés en majorité par le moteur de recherche Qwant. L’Asie n’en compte que 9 et l’Amérique latine 6. Côté acheteurs, ProRata (116 accords) devance Perplexity (27) et OpenAI (20).

Ces partenariats pèsent sur la visibilité : RSF cite une étude d’Otterly.AI et Press Ranger selon laquelle les médias liés par un accord à OpenAI peuvent être jusqu’à 48 % plus visibles que les autres. L’ONG juge les négociations menées groupe par groupe opaques et défavorables aux petites rédactions, et plaide pour des discussions collectives. Vincent Berthier, qui dirige le bureau technologies et journalisme de l’ONG, défend une « redistribution équitable » des revenus entre les médias.

Des stratégies qui restent multiples

Adhérer à SPUR n’empêche pas de négocier ou de plaider seul. Le New York Times poursuit OpenAI et Microsoft devant la justice pour atteinte à ses droits, tout en ayant conclu un accord sur l’IA avec Amazon, rappelle Puremédias. Côté AFP, le partenaire retenu est le français Mistral, tandis que News Corp, Le Monde, le Washington Post et Axel Springer ont noué des partenariats avec OpenAI. La coalition devra donc prouver que des standards partagés apportent davantage que ces contrats séparés.

Pour les rédactions de taille modeste, y compris en Afrique francophone, l’intérêt d’un cadre commun pourrait être d’autant plus grand que peu d’entre elles ont les moyens d’engager seules un procès ou une négociation avec un géant de l’IA. L’arrivée d’associations d’éditeurs latino-américaines et japonaises montre en tout cas que la démarche déborde désormais du cercle britannique qui l’a lancée.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la coalition SPUR ?

SPUR (Standards for Publisher Usage Rights) est un regroupement international d’éditeurs lancé en 2026 à l’initiative de médias britanniques. Il veut doter la presse d’outils techniques pour mesurer l’utilisation de ses contenus par l’IA et obtenir une rémunération des entreprises du secteur.

Quels médias français en font partie ?

D’après les annonces de juin et d’octobre 2026, on y trouve notamment l’AFP, Radio France, L’Équipe, le groupe SIPA Ouest-France et CMA Media (BFM, RMC, Brut).

SPUR remplace-t-elle les accords signés avec OpenAI ou Mistral ?

Rien ne l’indique à ce stade. Plusieurs membres conservent leurs propres accords ou contentieux, comme l’AFP avec Mistral ou le New York Times face à OpenAI. La coalition se concentre pour l’instant sur la mesure des usages et sur les conditions d’une négociation.

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