Nabla conçoit un assistant d’intelligence artificielle destiné aux professionnels de santé. Son principe : exploiter la conversation d’une consultation pour préparer une note clinique structurée, que le praticien peut relire, corriger et valider. Cette approche, souvent qualifiée d’« IA ambiante », vise à limiter la saisie au clavier pendant et après le rendez-vous. L’entreprise française se positionne ainsi sur un usage concret de l’IA générative : alléger les tâches documentaires sans se substituer à la décision médicale.
Une origine française, un développement international
Nabla a été fondée en 2018 par Alexandre Lebrun, Delphine Groll et Martin Raison. Alexandre Lebrun avait auparavant cofondé Wit.ai, une plateforme de compréhension du langage naturel rachetée par Facebook. Cette expérience des interfaces conversationnelles constitue l’un des points de départ technologiques de l’entreprise.
Après avoir exploré différents usages de l’intelligence artificielle dans la santé, notamment autour de la consultation numérique, Nabla a concentré son offre sur l’assistance aux soignants. Le lancement de son copilote médical en 2023 marque cette orientation. La société a ensuite renforcé sa présence aux États-Unis, un marché où les contraintes de documentation et la place du dossier patient informatisé créent une demande pour ces outils. Elle y travaille avec des organisations de soins, tout en conservant ses racines françaises.
Transformer la consultation en note clinique
L’assistant de Nabla s’appuie sur la reconnaissance vocale et les modèles de langage pour restituer les informations pertinentes d’un échange médical. Il ne s’agit pas seulement de produire une transcription : le logiciel organise les éléments recueillis dans un format exploitable par le professionnel. Celui-ci garde la responsabilité du contenu finalement versé au dossier du patient.
La valeur recherchée tient autant à la qualité des notes qu’à leur insertion dans les habitudes de travail. Nabla propose des possibilités de personnalisation et d’intégration aux systèmes utilisés par les établissements. L’objectif est d’éviter qu’un outil supplémentaire ne devienne lui-même une nouvelle source de manipulations administratives.
Ce positionnement impose des exigences particulières. Une omission, une confusion entre interlocuteurs ou une formulation erronée peut modifier le sens d’un compte rendu. La relecture humaine reste donc essentielle. Le traitement de conversations contenant des données de santé soulève également des questions de confidentialité, d’information des patients et de conformité réglementaire, qui doivent être examinées dans chaque contexte de déploiement.
Et maintenant ?
Pour Nabla, l’enjeu est de passer de l’adoption individuelle à un usage durable à l’échelle des établissements. Cela suppose de démontrer un gain de temps réel, une qualité documentaire régulière et une intégration technique suffisamment fluide. La concurrence des spécialistes de la transcription médicale et des grands fournisseurs de logiciels de santé rend aussi la différenciation plus exigeante. Son développement dépendra notamment de sa capacité à accompagner des spécialités, des langues et des organisations variées, sans diluer le contrôle exercé par les soignants.