SiPearl développe des microprocesseurs pour le calcul haute performance, ou HPC. Ces composants sont destinés aux machines qui exécutent des simulations scientifiques, modélisent le climat ou accompagnent la recherche industrielle. L’entreprise française se positionne sur un marché dominé par des fournisseurs américains, où la puissance de calcul doit désormais composer avec les contraintes énergétiques. Son projet associe donc une ambition technologique à un enjeu de souveraineté européenne.
Une entreprise née dans le sillage d’EPI
Fondée en 2019 par Philippe Notton, SiPearl est liée à l’European Processor Initiative, ou EPI. Ce programme rassemble des acteurs industriels et scientifiques autour du développement de technologies européennes de processeurs. SiPearl porte la conception et la commercialisation de processeurs généralistes à haute performance issus de cette dynamique.
Son modèle est celui d’une entreprise « fabless » : elle conçoit les puces, mais confie leur fabrication à un fondeur. Cette organisation lui permet de concentrer ses ressources sur l’architecture, la conception électronique et le logiciel, sans construire ses propres usines. Elle implique toutefois de rester tributaire d’une chaîne d’approvisionnement internationale, notamment pour la production des semi-conducteurs.
Des puces pensées pour les supercalculateurs
Avec sa famille de processeurs Rhea, SiPearl s’appuie sur l’architecture Arm. Le premier modèle, Rhea1, mobilise des cœurs Arm Neoverse et une mémoire à haute bande passante. Ce choix vise notamment les applications scientifiques qui doivent déplacer de grandes quantités de données entre mémoire et unités de calcul. Dans ces usages, multiplier les capacités de traitement ne suffit pas : il faut aussi alimenter efficacement les cœurs en données.
Les processeurs de SiPearl ont vocation à prendre place dans des serveurs de calcul, éventuellement aux côtés d’accélérateurs spécialisés. Ils ne visent donc pas le marché des ordinateurs personnels. Leurs débouchés se situent auprès des fabricants de systèmes, des centres de calcul et des organismes qui exploitent des infrastructures scientifiques ou industrielles.
La proposition ne se limite pas au matériel. Compilateurs, bibliothèques et adaptation des applications conditionnent l’utilisation effective d’une nouvelle architecture. La compatibilité avec l’écosystème logiciel du HPC et le travail avec les partenaires intégrateurs sont ainsi déterminants pour transformer une puce en solution exploitable.
Et maintenant ?
Pour SiPearl, l’enjeu est de convertir une conception européenne en déploiements durables. Cela suppose de réussir l’industrialisation, de démontrer les performances sur des charges de travail réelles et d’assurer un accompagnement logiciel dans la durée. Les acheteurs de supercalculateurs évaluent aussi la consommation électrique, le coût global et la continuité de la feuille de route.
Les investissements européens dans le calcul intensif constituent un débouché potentiel, sans garantir les commandes. La capacité de SiPearl à s’inscrire dans cet écosystème dépendra de sa compétitivité technique et de la confiance des intégrateurs. Son parcours illustrera aussi la possibilité de bâtir une offre européenne différenciée dans une industrie profondément mondialisée.