Helion Energy développe aux États-Unis une approche de la fusion nucléaire distincte des grands réacteurs à confinement magnétique de type tokamak. Basée à Everett, dans l’État de Washington, l’entreprise mise sur des réactions produites par impulsions et sur la récupération directe de leur énergie sous forme électrique. Son objectif : construire des centrales capables de fournir une électricité pilotable, sans combustion d’énergies fossiles pendant leur fonctionnement.
Une entreprise issue de la recherche sur les plasmas
Fondée en 2013, Helion s’appuie sur des travaux consacrés au confinement magnétique des plasmas, ces gaz ionisés portés à très haute température. Son cofondateur et dirigeant David Kirtley a orienté son développement vers une succession de prototypes, afin de tester progressivement la formation du plasma, sa compression et les systèmes électriques associés.
Cette démarche expérimentale a notamment donné naissance à Trenta, puis au programme Polaris, conçu pour explorer la production d’électricité à partir de la fusion. Helion bénéficie du soutien d’investisseurs privés, dont Sam Altman. Ces financements permettent de développer simultanément les machines, les équipements de puissance et les capacités de fabrication nécessaires à leur évolution.
Transformer l’énergie de fusion sans passer par une turbine
Dans le dispositif d’Helion, deux plasmas sont formés aux extrémités d’une machine linéaire, puis accélérés l’un vers l’autre. Des champs magnétiques assurent leur confinement et leur compression au centre du système. L’entreprise vise un cycle utilisant du deutérium et de l’hélium-3, plutôt que le mélange deutérium-tritium privilégié par de nombreux autres projets de fusion.
La particularité du concept réside aussi dans la conversion énergétique. Au lieu de compter principalement sur la chaleur pour produire de la vapeur et entraîner une turbine, Helion cherche à récupérer directement de l’électricité grâce à l’interaction entre le plasma en expansion et les champs magnétiques. Cette architecture nécessite une maîtrise fine des impulsions, des composants électriques et de la répétition des cycles.
Le choix des combustibles ne supprime pas toutes les difficultés nucléaires : des réactions secondaires peuvent produire des neutrons. L’approvisionnement en hélium-3, la tenue des matériaux et le bilan énergétique de l’ensemble constituent également des enjeux importants. Une réaction de fusion ne suffit pas, à elle seule, à démontrer qu’une installation produit davantage d’électricité qu’elle n’en consomme.
Et maintenant ?
En 2023, Helion a annoncé un accord avec Microsoft visant une fourniture d’électricité issue de la fusion à partir de 2028, avec Constellation comme intermédiaire énergétique. Cet engagement commercial donne un débouché identifié au projet, mais ne constitue pas une validation de ses performances techniques.
La prochaine étape décisive sera de réunir production électrique nette, fonctionnement répétable et disponibilité industrielle. À ces conditions s’ajoutent les autorisations, le raccordement au réseau et la maîtrise des coûts. Pour Helion, le passage du prototype à la centrale se mesurera donc autant à la fiabilité de l’installation qu’aux résultats obtenus sur le plasma.