Un courriel affirme que votre webcam a été piratée et que des images de vous pourraient circuler. Ce type de message terrorise, et c’est précisément son but. Derrière le même mot de chantage se cachent pourtant deux situations très différentes : le courriel envoyé en masse qui prétend vous avoir filmé, et la véritable sextorsion, qui suit une relation nouée en ligne au cours de laquelle des images intimes ont été échangées. Dans les deux cas, le ministère de l’Intérieur donne la même consigne de départ : ne pas payer. Voici comment réagir, étape par étape.
Faux piratage de webcam ou vraie sextorsion : faire la différence
Le ministère de l’Intérieur, dans sa fiche sur les arnaques et escroqueries en ligne mise à jour le 17 mars 2026, range parmi les signes d’une arnaque le courriel qui vous indique « qu’on a piraté votre webcam ». Le scénario décrit par le ministère : l’expéditeur prétend avoir enregistré votre historique de navigation sur des sites pornographiques et récupéré vos codes ainsi que vos contacts, pour vous faire chanter.
La sextorsion est d’une autre nature. Service-Public, dans sa fiche consacrée à l’arnaque aux sentiments, au chantage et à la sextorsion, explique le mécanisme : une personne malveillante entre en contact avec vous en ligne, se dit attachée à vous, en amour ou en amitié, afin d’obtenir des échanges sexuels, puis menace de rendre publics les contenus obtenus. L’auteur peut aussi pirater l’un de vos appareils pour y télécharger des contenus intimes.
Les réflexes immédiats
- Gardez votre calme. Le ministère de l’Intérieur demande de ne pas céder à la panique avant d’agir.
- Ne payez pas. La fiche de Ma Sécurité est explicite : ne payez pas de demande de rançon.
- Ne répondez plus. Le ministère conseille de ne jamais répondre à un courriel suspect ou à du chantage, et de ne cliquer sur aucun lien ni pièce jointe dont vous n’êtes pas sûr.
- Conservez des preuves datées avant toute autre démarche (voir ci-dessous).
- Changez vos mots de passe si des identifiants ont pu être compromis, et vérifiez qui a accédé aux comptes concernés.
- Appelez votre banque si vous avez déjà payé, pour tenter de faire annuler le paiement.
Quelles preuves rassembler
Service-Public insiste sur la nécessité de rassembler « des preuves datées ». Il cite notamment :
- le numéro de téléphone ou le profil de l’auteur ;
- des captures d’écran de vos échanges : courriels, SMS, conversations sur les réseaux sociaux ;
- des enregistrements de conversations téléphoniques ou par visioconférence.
Préférez des captures qui affichent la date et l’heure. Pour un faux courriel de piratage, conservez le message reçu ; le ministère de l’Intérieur invite aussi à le signaler sur Signal Spam.
Signaler ou porter plainte
La plateforme THESEE du ministère de l’Intérieur permet deux démarches. Le signalement d’un chantage en ligne suppose, selon Service-Public, trois conditions : la relation doit être virtuelle, sans rencontre avec l’auteur ; vous avez subi un chantage ; une demande d’argent a été formulée. Vous n’avez pas besoin d’avoir payé. Un signalement n’est pas une plainte, et vous ne serez pas informé de ses suites.
La plainte en ligne est possible si la relation est restée virtuelle et qu’une demande d’argent a été faite. La page THESEE de Ma Sécurité, mise à jour le 14 octobre 2026, précise qu’elle est réservée aux personnes majeures, qui remplissent un formulaire validé puis signé électroniquement par un policier. Hors de ces conditions, vous pouvez porter plainte au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent. Si vous ne connaissez pas son identité, la plainte vise « X ».
Lors du dépôt de plainte, vous pouvez vous constituer partie civile pour obtenir des dommages et intérêts. Un avocat peut vous accompagner, et l’aide juridictionnelle peut éventuellement être demandée si vos ressources sont insuffisantes.
Faire retirer un contenu intime publié
Si une image ou une vidéo a été publiée sans votre accord, signalez-la à la plateforme qui l’héberge. Selon Service-Public, l’hébergeur est tenu d’agir sans délai pour les faire disparaître, en les retirant ou en bloquant leur accès. Pour vous renseigner sur la suppression de contenus illicites, vous pouvez joindre la CNIL au 01 53 73 22 22, du lundi au vendredi de 9 h 30 à 17 h.
Questions fréquentes
Que risque l’auteur d’une sextorsion ?
Service-Public indique une peine encourue de 7 ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende. Le chantage seul est puni de 5 ans de prison et de 75 000 € d’amende.
Combien de temps ai-je pour porter plainte ?
Le délai est de 6 ans à compter de la dernière fois où l’auteur vous a fait chanter, selon Service-Public. Agir vite reste préférable pour conserver les preuves.
Un adolescent victime peut-il porter plainte sur THESEE ?
Non : les mineurs ne peuvent faire qu’un signalement sur la plateforme. Pour une constitution de partie civile, ce sont les représentants légaux qui agissent en leur nom. Le 3018, gratuit et anonyme, répond 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h sur le cyberharcèlement.
Qui appeler pour être conseillé ?
Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, numéro vert gratuit depuis la France, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30. Pour un cas particulier, la police, la gendarmerie ou un avocat restent les bons interlocuteurs.
J’ai déjà payé : est-ce trop tard ?
Non. Contactez votre banque pour tenter de faire annuler le paiement, cessez tout échange et déposez plainte en rassemblant vos preuves datées.
Sources
- Arnaque aux sentiments : escroquerie, chantage, sextorsion — Service-Public.fr (DILA), 2025-03-18
- Arnaques et escroqueries en ligne : comment les identifier et agir ? — Ma Sécurité (ministère de l'Intérieur), 2026-03-17
- La plainte en ligne pour les arnaques sur internet (THESEE) — Ma Sécurité (ministère de l'Intérieur), 2026-10-14