C12 est une entreprise française de calcul quantique qui développe une architecture de processeur fondée sur les nanotubes de carbone. Ces structures minuscules, constituées d’atomes de carbone, servent de support à des qubits, les unités d’information des ordinateurs quantiques. Son pari consiste à améliorer la qualité de ces qubits en réduisant leur exposition aux sources de bruit. Installée à Paris, la société se positionne sur la conception du matériel, une brique déterminante dans une industrie encore largement expérimentale.
Une technologie issue de la recherche française
Créée en 2020 par les frères Pierre et Matthieu Desjardins, C12 trouve son origine dans des travaux menés au Laboratoire de physique de l’École normale supérieure à Paris. Pierre Desjardins porte la direction de l’entreprise, tandis que Matthieu Desjardins, physicien, en pilote la dimension scientifique et technologique. Le projet transpose des recherches sur les systèmes quantiques à base de nanotubes vers le développement de processeurs.
Cette filiation académique structure son activité : il ne s’agit pas simplement d’assembler des composants disponibles, mais de mettre au point une plateforme physique et les procédés permettant de la reproduire. L’équipe réunit ainsi des compétences en physique quantique, nanofabrication, électronique et ingénierie des systèmes. L’entreprise a également levé des capitaux pour financer ses travaux et développer ses capacités expérimentales.
Des qubits de spin dans des nanotubes
La technologie de C12 exploite le spin d’un électron confiné dans un nanotube de carbone. Cette propriété quantique peut porter l’information d’un qubit. Le nanotube est associé à des circuits permettant de contrôler et de lire son état. L’architecture utilise notamment des dispositifs micro-ondes, avec un fonctionnement à très basse température.
Le choix du carbone répond à une difficulté centrale du secteur : les interactions avec l’environnement peuvent dégrader rapidement les états quantiques. Les propriétés du matériau et la suspension du nanotube visent à limiter certaines de ces perturbations. Cette stratégie se distingue des approches reposant sur des circuits supraconducteurs, des ions piégés ou des atomes neutres, sans supprimer pour autant les difficultés de contrôle et de fabrication.
Au-delà du processeur, C12 développe aussi des outils logiciels pour préparer son utilisation. Son émulateur Callisto permet d’explorer des circuits quantiques et de travailler sur des usages avant la disponibilité de machines à plus grande échelle. Cette démarche contribue à rapprocher le développement du matériel des besoins des futurs utilisateurs.
Et maintenant ?
La trajectoire de C12 dépendra de sa capacité à démontrer simultanément la fiabilité de ses qubits, la maîtrise de leurs interactions et la reproductibilité de leur fabrication. Le passage d’un dispositif de laboratoire à un processeur réunissant davantage de qubits reste un chantier majeur. À terme, l’objectif est de contribuer à des calculs utiles, notamment en simulation de systèmes physiques ou chimiques. Ces perspectives devront être étayées par des performances mesurables : la singularité du nanotube constitue une piste technologique, pas encore la preuve d’un avantage industriel.