Un entrepreneur individuel, micro-entrepreneur compris, ne met plus en principe ses biens personnels en jeu pour les dettes de son activité. Depuis la réforme entrée en vigueur le 15 mai 2022, ses patrimoines professionnel et personnel sont séparés automatiquement. Cette protection a pourtant des limites précises, qu’il vaut mieux connaître avant de signer un prêt ou de tarder à payer ses cotisations. Ce guide les détaille d’après la fiche officielle de Service Public Entreprendre, vérifiée le 20 janvier 2026, et l’encyclopédie de Bpifrance Création.
Comment fonctionne la séparation des patrimoines
Aucune démarche n’est nécessaire : contrairement à l’ancienne EIRL, il n’y a ni déclaration d’affectation ni état descriptif des biens à établir, souligne Bpifrance Création. Il n’est d’ailleurs plus possible de créer une EIRL, même si celles qui existent continuent.
Selon Service Public Entreprendre, la séparation joue à compter de l’immatriculation, de la date déclarée de début d’activité si elle est antérieure, ou de la première utilisation de la dénomination, c’est-à-dire le nom suivi de la mention « EI » ou « entrepreneur individuel ». Même avec plusieurs activités, l’entrepreneur n’a qu’un seul patrimoine professionnel. Pour un entrepreneur déjà en activité avant le 15 mai 2022, les deux patrimoines ne sont séparés qu’à partir de cette date.
Le patrimoine professionnel regroupe les biens utiles à l’activité : fonds de commerce ou artisanal, marchandises, matériel et véhicules, immeubles servant à l’activité (y compris la partie de la résidence principale utilisée pour travailler), marques, brevets, nom commercial et enseigne, fonds de caisse et comptes bancaires dédiés, créances et dettes professionnelles.
Le patrimoine personnel comprend le reste : résidence principale, autres biens immobiliers comme une résidence secondaire ou un terrain, et dettes privées, par exemple un crédit pour une voiture personnelle.
Ce qui est protégé, et comment renforcer la protection
Les créanciers professionnels ne peuvent se payer que sur le patrimoine professionnel. La résidence principale est protégée automatiquement. Pour mettre à l’abri un autre bien immobilier, il faut une déclaration d’insaisissabilité établie par un notaire, publiée au service de publicité foncière et au registre de l’entreprise via le Guichet des formalités des entreprises. Elle ne protège que des dettes professionnelles nées après sa publication.
Contrepartie de la réforme : l’entrepreneur ne peut plus se porter caution de sa propre entreprise. Si une banque exige une caution, il faut passer par un proche ou par une société de caution mutuelle.
Les cas où vos biens personnels restent saisissables
- Les impôts et les cotisations. L’administration fiscale peut saisir l’ensemble des biens pour l’impôt sur le revenu et la taxe foncière des biens professionnels. Les organismes de sécurité sociale peuvent faire de même pour les cotisations et contributions sociales, CSG comprise. Le micro-entrepreneur est concerné, y compris pour l’impôt réglé par versement forfaitaire libératoire, précise Bpifrance Création.
- La fraude ou les manquements graves et répétés. Le fisc peut atteindre le patrimoine personnel en cas de manœuvres frauduleuses (écritures fictives, activité occulte, fausse domiciliation à l’étranger) ou d’inobservation grave et répétée des obligations fiscales. Les organismes sociaux ont le même pouvoir : Service Public Entreprendre cite notamment des cotisations impayées pour plus de 1 000 €, des déclarations sociales nominatives (DSN) incomplètes ou erronées, ou des redressements de plus de 1 000 € après contrôle. Aucune décision de justice préalable n’est nécessaire, note Bpifrance Création.
- Une faute de gestion en liquidation judiciaire. Si l’entrepreneur a aggravé le passif, par exemple en déclarant tardivement la cessation des paiements, le tribunal peut le condamner à rembourser une partie des dettes sur ses biens personnels.
- Des patrimoines mal séparés. Quand dettes personnelles et professionnelles ne sont pas strictement distinctes, la liquidation peut porter sur les deux patrimoines.
- Une renonciation signée au profit d’un créancier (voir ci-dessous).
- La fin de l’activité ou le décès. Les deux patrimoines sont alors réunis et les créanciers peuvent se payer sur l’ensemble des biens, sauf exception en cas de cessation des paiements au moment du décès.
Renoncer à la protection : ce qu’il faut savoir avant de signer
Une banque qui finance un investissement important ou un local professionnel peut demander à l’entrepreneur de renoncer à la séparation pour un engagement précis. Selon Bpifrance Création, la demande du créancier doit être écrite et rappeler le terme et le montant de l’engagement, déterminé ou déterminable ; l’acte respecte une forme fixée par décret, avec des mentions obligatoires, et un modèle est disponible sur Légifrance. La résidence principale ne peut pas être engagée de cette façon.
Après la signature, l’entrepreneur dispose d’un délai de réflexion de 7 jours pour changer d’avis, ramené à 3 jours francs si une mention manuscrite le prévoit dans l’acte. Autre possibilité, plus ciblée : garantir une dette professionnelle par un bien personnel précis, comme une hypothèque sur un bien immobilier autre que la résidence principale ou un nantissement d’assurance-vie. L’inverse, gager une dette personnelle sur le patrimoine professionnel, est impossible.
Les bons réflexes découlent de ces règles : tenir des comptes et des dettes strictement séparés, payer impôts et cotisations à l’échéance, lire chaque acte de renonciation et utiliser le délai de réflexion, et faire publier une déclaration d’insaisissabilité pour les biens immobiliers à protéger.
Questions fréquentes
Le micro-entrepreneur est-il protégé comme les autres entrepreneurs individuels ?
Oui. La séparation des patrimoines s’applique automatiquement au micro-entrepreneur, avec les mêmes exceptions, notamment pour les cotisations sociales et l’impôt payé par versement forfaitaire libératoire.
Ma résidence principale peut-elle être saisie pour une dette de mon activité ?
Elle est automatiquement protégée contre les créanciers professionnels et ne peut pas être engagée par une renonciation. Pour les dettes fiscales et sociales, la fraude ou une faute de gestion, la situation dépend du cas : un notaire ou l’administration concernée peut répondre précisément.
Puis-je me porter caution du prêt de mon entreprise ?
Non, la séparation des patrimoines l’interdit. La banque peut en revanche demander la caution d’un proche, celle d’une société de caution mutuelle, ou une renonciation ciblée à la séparation.
Je suis entrepreneur individuel depuis avant le 15 mai 2022 : suis-je concerné ?
Oui, mais la séparation de vos patrimoines ne joue qu’à compter du 15 mai 2022. Pour le sort d’une dette née avant cette date, mieux vaut interroger un notaire ou un avocat.
Comment protéger une résidence secondaire ou un terrain ?
Par une déclaration d’insaisissabilité devant notaire, publiée au service de publicité foncière et au registre de l’entreprise. Elle ne couvre que les dettes professionnelles nées après sa publication.
Sources
- Séparation des patrimoines professionnel et personnel de l'entrepreneur individuel (y compris du micro-entrepreneur) — Service Public Entreprendre, 2026-01-20
- Entrepreneur individuel — Bpifrance Création, 2025-04-01