Harvey fait partie des entreprises qui adaptent l’intelligence artificielle générative aux exigences d’un métier plutôt que de proposer un assistant généraliste. Établie à San Francisco, la société américaine cible principalement les cabinets d’avocats et les services juridiques des entreprises. Sa plateforme, présentée sur harvey.ai, vise à réduire le temps consacré au traitement de documents et à certaines tâches de production juridique, dans un secteur où la confidentialité et la fiabilité sont déterminantes.
Une rencontre entre droit et recherche en IA
Harvey a été fondée en 2022 par Winston Weinberg, ancien avocat, et Gabriel Pereyra, chercheur en intelligence artificielle passé notamment par DeepMind et Meta. Ce tandem associe une connaissance des pratiques juridiques à une expertise des modèles d’apprentissage automatique. L’entreprise a bénéficié très tôt du soutien de l’OpenAI Startup Fund, puis de celui d’investisseurs comme Sequoia Capital.
Sa visibilité s’est accrue en 2023 avec l’annonce de son déploiement chez Allen & Overy, cabinet désormais intégré à A&O Shearman. Un partenariat avec PwC a également illustré son potentiel au-delà des seuls cabinets d’avocats, notamment dans les activités juridiques et fiscales. Ces accords ont contribué à faire connaître une approche centrée sur les usages professionnels du droit.
Des outils pour travailler sur les dossiers
La plateforme permet d’interroger des documents, d’en produire des synthèses, de comparer des clauses et de préparer des projets de textes. Elle accompagne aussi la recherche juridique et l’examen de volumes importants de pièces, par exemple lors d’un audit d’acquisition. L’objectif est d’insérer l’IA dans les méthodes de travail existantes, avec des fonctions adaptées aux dossiers et aux informations propres à chaque organisation.
Harvey s’appuie sur de grands modèles de langage, associés à des fonctionnalités spécialisées et à des sources documentaires. Sa proposition commerciale repose sur une offre logicielle destinée aux organisations, plutôt que sur un service grand public. La gestion des accès, la protection des données et la possibilité de vérifier les éléments mobilisés dans une réponse constituent donc des critères essentiels pour ses acheteurs.
Ces outils ne suppriment toutefois pas les limites de l’IA générative. Une réponse plausible peut contenir une erreur, une référence inexacte ou une interprétation inadaptée au contexte. La relecture par un juriste reste nécessaire, particulièrement lorsque le résultat engage un client ou nourrit une décision.
Et maintenant ?
Pour Harvey, l’enjeu est de transformer les premiers déploiements en usages durables, mesurables et intégrés aux systèmes des clients. Son développement dépendra notamment de sa capacité à couvrir différentes juridictions, à documenter la qualité des résultats et à répondre aux contraintes locales de confidentialité. Face aux éditeurs juridiques établis et aux assistants généralistes, la différenciation se jouera sur la pertinence des sources, la profondeur des fonctions métier et la confiance des utilisateurs. L’évolution de la facturation des prestations juridiques pourrait également peser sur la manière dont les gains de productivité seront valorisés.