Pasqal développe des processeurs quantiques dont les unités de calcul, les qubits, sont portées par des atomes neutres. Maintenus et organisés à l’aide de faisceaux laser, ces atomes peuvent interagir pour réaliser des opérations inaccessibles à un simple assemblage de bits classiques. L’entreprise française cherche à transformer cette plateforme issue de la physique expérimentale en outils de calcul utilisables par les chercheurs et les industriels, sans attendre un ordinateur quantique universel pleinement corrigé des erreurs.
Des laboratoires français à l’entreprise
Créée en 2019, Pasqal s’appuie sur des travaux menés à l’Institut d’optique, sur le plateau de Saclay. Ses cofondateurs comprennent Georges-Olivier Reymond, Christophe Jurczak et les physiciens Alain Aspect, Antoine Browaeys et Thierry Lahaye. Cette filiation scientifique constitue le socle de son approche : contrôler des ensembles d’atomes individuels, puis exploiter leurs interactions pour traiter des problèmes de calcul ou de simulation.
En 2022, son rapprochement avec la société néerlandaise Qu&Co renforce ses compétences en algorithmes et en logiciels quantiques. L’enjeu est de réunir la conception du processeur et celle des applications, deux dimensions étroitement liées dans un secteur où les performances dépendent autant du matériel que de la manière de formuler les problèmes.
Du processeur aux applications
La technologie de Pasqal repose sur des réseaux d’atomes piégés par des pinces optiques, dans un environnement sous vide. Des lasers permettent de contrôler leur état et de provoquer des interactions, notamment en les excitant vers des états dits de Rydberg. La disposition des atomes et le pilotage de ces interactions servent à programmer le comportement du système quantique.
L’entreprise développe notamment une approche analogique : plutôt que d’exécuter uniquement une succession de portes logiques, le processeur reproduit une dynamique physique choisie pour représenter le problème étudié. Elle travaille également sur des architectures à portes quantiques. Ces voies répondent à des horizons techniques différents et ne supposent pas toutes le même niveau de correction des erreurs.
Autour de ses machines, Pasqal propose des outils logiciels, des possibilités d’accès à distance et un accompagnement à la construction de cas d’usage. Son environnement open source Pulser permet notamment de décrire et de simuler des séquences de contrôle. Les applications explorées concernent la simulation de systèmes physiques, l’optimisation et l’apprentissage automatique, souvent dans des chaînes de traitement associant calcul classique et quantique.
Et maintenant ?
Pour Pasqal, la prochaine étape consiste à convertir les progrès expérimentaux en résultats reproductibles sur des problèmes utiles. Augmenter le nombre d’atomes ne suffit pas : il faut aussi améliorer la fidélité du contrôle, la disponibilité des équipements et la qualité des outils de programmation. La démonstration d’un bénéfice face aux meilleures méthodes classiques reste un critère décisif, à établir application par application. L’industrialisation des machines et leur intégration aux infrastructures de calcul devront ainsi progresser de concert avec la validation scientifique des performances.