Alice & Bob développe des processeurs quantiques avec une priorité : rendre les calculs suffisamment fiables pour exécuter des algorithmes utiles. Installée à Paris, l’entreprise française mise sur les « qubits de chat », une architecture qui protège physiquement l’information contre certaines erreurs. Elle cherche ainsi à limiter le nombre de composants nécessaires pour construire un ordinateur quantique tolérant aux erreurs, plutôt qu’à multiplier uniquement les qubits physiques.
Une entreprise issue de la recherche française
Créée en 2020 par les physiciens Théau Peronnin et Raphaël Lescanne, Alice & Bob s’appuie sur des travaux de recherche consacrés aux circuits supraconducteurs et à la protection de l’information quantique. Son nom reprend ceux des personnages conventionnels utilisés en cryptographie et en théorie de l’information pour décrire des échanges entre deux interlocuteurs.
L’entreprise transpose des résultats de laboratoire en une architecture informatique industrialisable. Cette trajectoire suppose de réunir des compétences en physique quantique, en microfabrication, en électronique de contrôle et en logiciel. En 2025, elle a annoncé une levée de fonds de 100 millions d’euros pour soutenir le développement de ses systèmes et leur passage à l’échelle.
Protéger les qubits avant de corriger les erreurs
Un ordinateur quantique manipule des états extrêmement sensibles aux perturbations de leur environnement. Pour obtenir un calcul fiable, il faut généralement combiner plusieurs qubits physiques afin de constituer un qubit logique, dont les erreurs peuvent être détectées et corrigées. Cette protection représente un coût matériel important, qui conditionne la faisabilité des futures machines.
Les qubits de chat tirent leur nom du célèbre paradoxe de Schrödinger. Chez Alice & Bob, l’information est encodée dans des états quantiques d’un oscillateur supraconducteur. Leur stabilisation permet de supprimer fortement une catégorie d’erreurs, les retournements de bit. Les erreurs de phase restent, elles, à traiter par des mécanismes de correction complémentaires. L’enjeu n’est donc pas de rendre chaque composant infaillible, mais de simplifier la correction à l’échelle du processeur.
Cette stratégie associe conception matérielle et architecture de correction d’erreurs. Elle exige aussi un fonctionnement à très basse température, un contrôle précis des signaux et une intégration cohérente des opérations quantiques. Les applications envisagées concernent notamment la simulation de systèmes physiques et chimiques, sans que leur intérêt industriel puisse être considéré comme acquis avant des démonstrations sur des machines suffisamment puissantes et fiables.
Et maintenant ?
Pour Alice & Bob, la prochaine étape consiste à transformer les performances de ses composants en calculs logiques reproductibles. Il faudra démontrer que la protection offerte par les qubits de chat reste efficace lorsque les qubits sont couplés et que les opérations s’enchaînent. La capacité à fabriquer des dispositifs homogènes, à maîtriser leur pilotage et à réduire le coût global de la correction sera déterminante. C’est sur ces preuves techniques, davantage que sur le seul nombre de qubits annoncé, que se jouera la portée industrielle de son approche.