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Licenciements aux États-Unis : l’IA reste le premier motif de 2026, mais s’essouffle

L’essentiel

Selon Challenger, l’IA a justifié 21 % des suppressions de postes annoncées aux États-Unis sur neuf mois en 2026, mais son poids recule depuis août.

À retenir

Selon Challenger, l’IA a justifié 21 % des suppressions de postes annoncées aux États-Unis sur neuf mois en 2026, mais son poids recule depuis août.

Aux États-Unis, les employeurs ont justifié par l’intelligence artificielle 120 136 suppressions de postes annoncées entre janvier et septembre 2026, soit environ 21 % du total, selon le cabinet d’outplacement Challenger, Gray & Christmas. L’IA reste le premier motif invoqué depuis le début de l’année, mais elle n’est plus arrivée qu’au quatrième rang en août et au cinquième en septembre. Ce chiffre très cité doit être lu pour ce qu’il est : une déclaration des entreprises.

Un motif déclaré par les employeurs

Chaque mois, Challenger, Gray & Christmas recense les plans de suppressions d’emplois annoncés par les entreprises américaines et les classe selon la raison qu’elles avancent, comme dans son rapport du 1er octobre. L’IA y figure comme motif distinct depuis 2023 ; fin juillet 2026, le cumul depuis cette date atteignait 184 538 postes. Une suppression n’est rangée sous ce motif que si l’employeur cite lui-même l’IA. Lorsqu’une entreprise invoque une nouvelle technologie sans la relier clairement à l’IA, le cas bascule dans une catégorie « mise à jour technologique (peut-être l’IA) », qui a compté 20 219 suppressions en 2025, précise le rapport de juillet.

Andy Challenger, l’un des responsables du cabinet, reconnaît que ce motif dépend de la communication des entreprises : selon lui, nommer l’IA peut séduire les investisseurs tout en éloignant salariés et candidats, et les annonces sont passées de la prudence à une mise en avant appuyée de la technologie. Il prévoit que l’arrivée de règles rendra les entreprises plus discrètes, et la mesure plus opaque.

Cinq mois en tête, puis un reflux

De mars à juillet, l’IA a été chaque mois le premier motif cité ; en juillet, elle justifiait 10 970 suppressions, un tiers du total mensuel. Depuis, son poids recule : 3 462 postes en août, son plus bas niveau mensuel depuis décembre 2025 selon le rapport d’août, puis 3 961 en septembre, soit environ 9 % du mois. Sa part dans le cumul annuel est passée d’environ 24 % fin juillet à 22 % fin août, puis 21 % fin septembre. En août, les restructurations ont pris la tête, avec 16 173 suppressions.

Le contexte est celui d’un marché qui recrute peu et licencie peu. En septembre, les annonces de suppressions sont tombées à 43 281, le plus bas pour ce mois depuis 2022, et le cumul sur neuf mois (573 195) recule de 39 % sur un an. La technologie en concentre toutefois 165 925, en hausse de 54 %, soit près de 29 % du total : c’est le secteur où l’IA est la plus souvent invoquée. Selon l’analyse d’Indeed Hiring Lab, l’économie américaine n’a créé que 29 000 emplois en septembre, et le chômage est passé de 4,1 % à 4,2 %.

Ce que disent les offres d’emploi et les salaires

D’autres indicateurs nuancent le tableau. D’après une étude d’Indeed Hiring Lab publiée le 17 septembre, les salaires affichés dans les offres des métiers les plus exposés à l’IA (développement logiciel, données, marketing, finance) ont progressé d’environ 46 % depuis 2021, contre 25 % pour les moins exposés, l’écart se creusant depuis 2024. Son auteur, Jack Kennedy, y voit une IA qui complète les salariés qualifiés plus qu’elle ne les remplace, en rappelant qu’il s’agit de salaires proposés et non versés.

La même étude montre un glissement vers le haut de la pyramide : dans ces métiers exposés, la part des offres de niveau débutant est tombée de 29 % à 10 % entre 2021 et 2026, celle des postes seniors passant de 22 % à 47 %. Les 123 économistes et universitaires interrogés par Indeed du 8 au 16 septembre restent partagés : 45 % jugent l’effet net de l’IA sur l’emploi légèrement négatif, 25 % légèrement positif, 21 % nul. Ils sont en revanche plus nombreux qu’au trimestre précédent à penser que l’IA pèsera d’abord sur les salaires des diplômés du supérieur.

Pourquoi ce chiffre ne se transpose pas en Europe

En France, une étude du laboratoire LIFT d’HEC, menée avec la Banque de France et publiée en octobre, suggère que l’ajustement passe d’abord par un ralentissement des embauches de jeunes dans les métiers exposés plutôt que par des licenciements, la rupture d’un CDI y étant plus encadrée qu’aux États-Unis. Compter les plans sociaux ne suffit donc pas à mesurer l’effet de l’IA : les recrutements, le profil des postes ouverts et les salaires en disent au moins autant. « Si l’IA fait bouger le marché du travail, elle ne le démantèle pas », résumait Andy Challenger cet été (traduction 24h00).

Questions fréquentes

Comment Challenger attribue-t-il une suppression d’emplois à l’IA ?

Uniquement lorsque l’entreprise cite l’IA comme raison. Les annonces qui évoquent une nouvelle technologie sans la relier explicitement à l’IA sont classées dans une catégorie distincte.

Les suppressions liées à l’IA accélèrent-elles ?

Non, pas ces derniers mois : après près de 11 000 postes en juillet, elles sont retombées sous les 4 000 en août comme en septembre. L’IA reste néanmoins le premier motif sur l’ensemble de l’année.

L’IA fait-elle baisser les salaires aux États-Unis ?

Pas dans les offres d’emploi pour l’instant : les métiers exposés affichent des hausses plus rapides, selon Indeed. Mais les économistes interrogés s’attendent à davantage de pression sur la rémunération des diplômés.

Sources

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