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Infleqtion et ses 30 qubits logiques : ce que mesure vraiment ce jalon quantique

L’essentiel

Infleqtion annonce 30 qubits logiques intriqués sur 80 atomes. Un vrai progrès, mais fondé sur la détection des erreurs, pas sur leur correction.

À retenir

Infleqtion annonce 30 qubits logiques intriqués sur 80 atomes. Un vrai progrès, mais fondé sur la détection des erreurs, pas sur leur correction.

L’américain Infleqtion a annoncé le 24 septembre, lors du Quantum World Congress 2026, avoir intriqué 30 qubits logiques à partir de 80 atomes neutres sur son ordinateur quantique Sqale. L’entreprise y voit un jalon de sa feuille de route et une première pour un système commercial à atomes neutres. Le résultat est réel, mais il repose sur un code qui repère les erreurs sans les corriger, une nuance qui change la portée de l’annonce.

Ce qu’Infleqtion a présenté

Née en 2007 à l’université du Colorado à Boulder et cotée à la Bourse de New York depuis février 2026, Infleqtion piège des atomes neutres dans des pinces optiques et les déplace pour les faire interagir. Selon Quantum Computing Report, ses 80 atomes ont été répartis en dix blocs de huit, chaque bloc encodant trois qubits logiques. Les expériences, terminées en août, ont fait tourner un circuit de test d’environ un millier d’opérations physiques, avec quatre portes logiques à trois qubits, dites CCZ, et 136 portes physiques à deux qubits.

Pour valider le résultat, l’entreprise affirme que le signal mesuré dépasse d’environ 1 000 fois le bruit de fond. Son patron, Matt Kinsella, reconnaît dans le communiqué repris par The Quantum Insider qu’il est « difficile » de faire travailler ensemble 30 qubits logiques. Infleqtion revendique trois clients pour ces circuits, dont le programme Quantum for Bio de l’organisation Wellcome Leap, consacré à la recherche de biomarqueurs. Interesting Engineering précise que ces chiffres proviennent du communiqué de l’entreprise.

Qubit physique, qubit logique : la distinction qui compte

Un qubit physique, ici un atome, est fragile : la moindre perturbation y introduit des erreurs. Un qubit logique regroupe plusieurs qubits physiques pour encoder l’information de façon redondante, afin de repérer, voire de réparer, ces erreurs. Le rapport entre les deux donne le coût de cette protection. Avec trois qubits logiques pour huit atomes, Infleqtion affiche un ratio particulièrement économe.

Cette économie a une contrepartie, explique l’analyste Marin Ivezic sur PostQuantum. Chaque bloc est préparé dans un code de distance 3, puis exploité dans un code de distance 2. Or un code de distance 2 sait signaler une erreur physique isolée, sans garantir de la corriger. Les exécutions où une erreur était signalée ont donc été écartées après coup, une technique appelée post-sélection. Plus le circuit s’allonge, plus la part d’exécutions conservées se réduit, ce qui borne la taille des calculs exploitables.

Ce que les chiffres ne disent pas encore

Sur plus d’un milliard de résultats possibles à 30 bits, le circuit idéal n’en produit que 262 144, soit environ un sur 4 096. Près de 25 % des résultats mesurés tombaient dans cet ensemble, contre 0,024 % pour un tirage aléatoire : d’où le facteur 1 000 mis en avant. Mais cette proportion ne mesure pas la fidélité du calcul, prévient PostQuantum, car un résultat peut appartenir au bon ensemble avec une mauvaise probabilité. Infleqtion n’a publié ni la part d’exécutions conservées ni de taux d’erreur logique.

Le contexte de la feuille de route invite aussi à la prudence. En septembre 2025, l’entreprise avait présenté 12 qubits logiques avec détection d’erreurs, en affirmant dépasser un objectif initial de 10 qubits logiques avec correction d’erreurs pour 2026. Le nouvel objectif de 30 est atteint, mais sans correction. À titre de comparaison, Quantinuum a fait état de 94 qubits logiques à détection d’erreurs sur sa machine Helios et de 48 qubits logiques avec correction, selon le même analyste. Quant au département américain de l’Énergie, il a ouvert le 17 septembre un concours visant au moins 100 qubits logiques en 2028 et précise ne pas s’intéresser aux machines limitées à la détection d’erreurs.

Une porte logique trouvée avec l’aide de l’IA

L’autre élément notable concerne la méthode. Infleqtion dit avoir découvert, avec le modèle GPT-5.6 Sol d’OpenAI, une opération d’intrication entre qubits logiques qui ne demande que quatre portes physiques à deux qubits, contre huit auparavant. Pranav Gokhale, son directeur technique, rappelle dans le même communiqué que chaque porte est une occasion d’erreur, d’où l’intérêt d’en utiliser moins. Marin Ivezic a vérifié la validité de cette porte, tout en notant que le code employé est étudié depuis 2016 : la nouveauté revendiquée reste à confronter à la littérature scientifique.

Et la France dans cette course ?

Pour les acteurs français, l’annonce sert de point de repère. Le programme PROQCIMA, lancé en mars 2024 avec 500 millions d’euros de crédits liés à la défense, met en concurrence Alice & Bob, Pasqal, Quandela, Quobly et C12. Il vise un démonstrateur de 128 qubits logiques d’ici 2030, puis 2 048 en 2035, selon Quantum Zeitgeist. Infleqtion promet de son côté 100 qubits logiques en 2028 et 1 000 en 2030. Les deux calendriers posent la même question : à partir de quand les qubits annoncés seront-ils corrigés en cours de calcul ? Infleqtion cite justement le contrôle en temps réel et la mesure en cours de circuit parmi ses prochaines priorités.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un qubit logique ?

C’est un qubit encodé dans plusieurs qubits physiques, de manière à repérer ou corriger les erreurs qui frappent ces derniers. C’est la brique indispensable pour mener des calculs longs et fiables.

Infleqtion a-t-il atteint la correction d’erreurs ?

Pas au sens strict. Le code utilisé pendant le calcul détecte les erreurs, et les exécutions fautives sont écartées. La correction en cours de calcul fait partie des prochaines étapes annoncées par l’entreprise.

Ce résultat rapproche-t-il un ordinateur quantique utile ?

Il montre qu’une architecture à atomes neutres peut faire travailler ensemble 30 qubits logiques avec peu d’atomes. Sans taux d’erreur logique publié ni correction en temps réel, il reste toutefois difficile d’évaluer la distance qui sépare cette démonstration d’applications concrètes.

Sources

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