Près de six dirigeants d’entreprises de services du numérique (ESN) sur dix s’attendent à ce que l’IA générative et agentique bouleverse leur modèle économique, selon la neuvième édition de l’étude Grand Angle ESN & ICT de KPMG France et Numeum, publiée début octobre 2026. Gains de productivité, pression des clients sur les prix, recrutements plus sélectifs : l’enquête décrit un secteur sommé de vendre autre chose que du temps passé.
Près de 200 entreprises interrogées
KPMG a sondé en ligne, de mai à juillet 2026, près de 200 ESN et ICT (ingénierie et conseil en technologies) implantées en France, des groupes de plus de 5 000 salariés aux microentreprises. Les réponses sont déclaratives. Numeum, le syndicat patronal du numérique, publie en parallèle son classement 2026 de 175 acteurs, établi sur leur chiffre d’affaires français de 2025, lui aussi déclaratif et non audité : Capgemini reste en tête, devant SCC France et Sopra Steria.
L’IA est déjà installée dans la production : 86 % des répondants s’en servent comme assistant, en avant-vente, en développement ou en gestion des connaissances, et 37 % disent avoir gagné plus de 20 % de productivité sur leurs projets, indique le communiqué de KPMG. Une minorité (11 %) lui confie déjà la production autonome de certains livrables.
Pourquoi la facturation au temps passé vacille
Pour une société qui vend des journées de travail, chaque journée économisée grâce à l’IA est, à tarif constant, une journée de moins à facturer. Les clients l’ont compris : selon le détail publié par le Blog du Modérateur, 75 % des ESN constatent des demandes de gains de productivité, 62 % des besoins de conseil en amont et 33 % des clients qui poussent les prix à la baisse. La régie et le forfait restent majoritaires, mais deux sur trois ont commencé à revoir leurs prix, en recourant à l’unité d’œuvre ou au forfait (59 %), à l’abonnement (42 %) ou à la facturation à la valeur ou aux résultats (33 %) ; pour 37 %, la facturation à la valeur est l’évolution la plus probable.
Les marges racontent une transition inachevée. L’effet de l’IA sur les marges n’est que partiellement mesuré : elles se sont dégradées pour 8 % des grandes entreprises et ETI et pour 7 % des PME et TPE.
Une concurrence venue des « natifs de l’IA »
Le risque le plus cité, par 80 % des dirigeants, vient de nouveaux entrants à bas coûts construits autour de l’IA. Suivent l’internalisation des projets par les clients (53 %) et les clients qui développent leurs propres agents (48 %). D’où un repositionnement vers l’amont : le conseil stratégique devient l’axe prioritaire de 40 % d’entre elles, contre 28 % pour l’intégration et la conception. Les offres d’IA pèsent aujourd’hui 7 % du chiffre d’affaires des répondants, qui visent 18 % d’ici trois ans ; 46 % des grands groupes et ETI ont déjà des offres d’IA en production. « L’intelligence artificielle nous oblige désormais à créer davantage de valeur avec moins d’effort humain », résume Charles Mauclair (SII), président du collège ESN et ICT de Numeum.
Les juniors, variable d’ajustement ?
Le recrutement est touché pour 62 % des entreprises : 32 % deviennent plus sélectives et plus exigeantes sur l’IA, 19 % réduisent les embauches sur certains métiers, 11 % compensent en formant leurs équipes. Pour les 18 prochains mois, elles visent d’abord les spécialistes de l’IA (43 %), les profils hybrides mêlant technique et métier (42 %) et les candidats de trois à huit ans d’expérience (39 %) ; 18 % seulement citent les juniors « augmentés » par l’IA.
Pour les débutants, le tableau est contrasté : 47 % des entreprises jugent leurs recrutements de juniors stables, 22 % font état d’une forte baisse et 9 % d’une hausse. Près d’une sur deux exige désormais la maîtrise de l’IA dès le premier emploi. Ce mouvement rejoint une étude de la Banque de France et d’HEC qui relevait, selon Le Monde Informatique, un recul de 42 % des embauches en CDI de jeunes développeurs entre novembre 2022 et mars 2026.
La formation peine à suivre. L’acculturation dépasse 80 % des salariés dans seulement 20 % des entreprises, et les cursus avancés (grands modèles de langage, RAG, agents, LLMOps) ne touchent que 6 % des grands groupes et ETI et 8 % des PME et TPE. Pour Xavier Niffle, associé chez KPMG France, « le véritable risque pour les ESN et les ICT n’est pas seulement de perdre en compétitivité » : elles risquent aussi de perdre en pertinence.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’étude Grand Angle ESN & ICT ?
Une enquête annuelle de KPMG France et de Numeum. L’édition 2026, la neuvième, repose sur les réponses déclaratives de près de 200 entreprises recueillies entre mai et juillet.
Les ESN vont-elles abandonner la facturation au temps passé ?
Pas à court terme : régie et forfait dominent toujours. Mais deux tiers des entreprises ajustent déjà leurs prix, et plus d’un tiers voient la facturation à la valeur comme l’évolution la plus probable.
Une ESN est-elle encore une bonne porte d’entrée pour un jeune diplômé ?
Elle le reste pour près de la moitié des entreprises, qui maintiennent leurs volumes, mais 22 % réduisent fortement ces recrutements. La maîtrise opérationnelle des outils d’IA devient une condition dès le premier poste.
Sources
- Étude Grand Angle ESN & ICT 2026 et Classement ESN & ICT 2026 : l’IA bouleverse les modèles économiques — Numeum, 2026-10-06
- Grand angle ESN & ICT : étude 2026 : L’IA bouleverse les modèles économiques — KPMG France, 2026-10-08
- Facturation, recrutements : comment l’IA bouscule le modèle des ESN — Blog du Modérateur, 2026-10-09
- IA générative : 75 000 CDI en moins par an pour les jeunes — Le Monde Informatique, 2026-10-12