Atlas Bio, jeune entreprise suisse basée à Bâle, sort de la discrétion avec 12,5 millions de dollars levés pour simuler des essais cliniques à l’aide de l’intelligence artificielle. Son objectif : prédire l’efficacité et la sécurité d’un médicament sur des patients virtuels avant la phase II, l’étape où la majorité des candidats échouent, et réduire au passage le recours aux tests sur animaux.
Un tour mené par Creandum
D’après Tech.eu, qui a publié l’annonce le 27 octobre 2026, Atlas Bio a bouclé un tour d’amorçage de 10 millions de dollars mené par le fonds Creandum, dont l’associée Katharina Wilhelm rejoint le conseil d’administration. La société a aussi dévoilé un pré-amorçage de 2,5 millions de dollars resté jusque-là confidentiel, mené par First Momentum Ventures et LEA Partners. TechStartups, dans son récapitulatif du 28 octobre, confirme ces montants et le total de 12,5 millions.
Fondée en 2024, l’entreprise est dirigée par Simon Romanski (directeur général), Sebastian Bayer (directeur technique, passé par la recherche sur les grands modèles de langage chez Google) et Dominik Hartl, qui pilote la stratégie scientifique. Les fonds doivent servir à renforcer les équipes scientifiques et commerciales et à approfondir la validation de la plateforme, selon Tech.eu.
Comment fonctionne un essai « in silico »
Le cœur du produit est un modèle de fondation entraîné, selon Tech.eu, sur environ deux millions de mesures d’ARN issues de tissus humains. L’ARN renseigne sur l’activité des gènes ; en apprenant ces profils à grande échelle, le modèle cherche à reproduire la façon dont des populations de patients réagiraient à une molécule expérimentale. TechStartups résume l’approche ainsi : simuler la réponse de patients à des médicaments à partir de l’activité génétique et d’autres données biologiques.
L’intérêt mis en avant est double. D’abord, on peut tester plusieurs traitements sur un même profil de patient, au même stade de la maladie, une comparaison impossible dans un essai réel où chaque participant ne reçoit qu’un traitement. Ensuite, la start-up affirme ramener un projet de simulation à une douzaine de semaines, quand une phase II classique coûte plus de 100 millions de dollars et dure deux à trois ans, selon les chiffres repris par Tech.eu. Environ 70 % des médicaments échouent à ce stade.
Le recul des tests sur animaux
Le contexte réglementaire joue en faveur de ce type d’outil. Tech.eu rappelle qu’aux États-Unis, la loi FDA Modernization Act 2.0, adoptée en 2022, a supprimé l’obligation légale de tester un médicament sur l’animal avant les essais humains. D’après le même média, un client biotech de Bâle a déjà retiré l’expérimentation animale d’un de ses processus de développement, passant aux essais humains sur la base des simulations d’Atlas Bio. La société dit aussi travailler avec l’un des dix plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux, sans le nommer ni préciser les termes.
Pour Simon Romanski, cité par Tech.eu, la biologie humaine devient enfin « lisible pour l’IA ».
Ce qu’il faut garder en tête
La promesse est forte, la preuve encore mince. Les chiffres d’usage et de partenariats sont déclarés par l’entreprise, et aucun résultat comparant ses prédictions à des essais réels n’a été publié à ce stade. Une simulation peut aider à éliminer tôt les candidats les moins prometteurs, mais l’entreprise elle-même ne présente pas ses simulations comme un substitut aux essais sur l’humain. Le vrai test sera donc la capacité d’Atlas Bio à montrer, données à l’appui, que ses patients virtuels prédisent correctement ce qui se passe ensuite chez de vrais patients.
Atlas Bio n’est pas seule sur ce créneau : la britannique adsilico, issue de l’université de Leeds, a par exemple annoncé fin octobre selon Pathfounders, une série A de 10 millions de livres pour combler les lacunes de diversité des essais de dispositifs médicaux. La simulation clinique attire clairement les investisseurs européens.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un essai clinique in silico ?
C’est une simulation informatique qui estime comment des patients réagiraient à un traitement, à partir de données biologiques, avant ou en complément d’un essai réel.
Atlas Bio remplace-t-elle les essais sur l’humain ?
Non. Elle vise à mieux choisir les molécules avant la phase II et à réduire certains tests sur animaux, pas à se substituer aux essais humains.
Qui finance Atlas Bio ?
Creandum mène le tour de 10 millions de dollars ; First Momentum Ventures et LEA Partners ont mené le pré-amorçage de 2,5 millions, selon Tech.eu.
Sources
- Swiss startup Atlas Bio secures $12.5M to tackle drug development's 70% failure rate — Tech.eu, 2026-10-27
- Startup Funding News Today, October 28, 2026 — TechStartups, 2026-10-28
- Tech & Venture Briefing — Tuesday 27 October 2026 — Pathfounders, 2026-10-27