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Cyberattaque des frigos de supermarchés : pourquoi les contrôleurs Danfoss ont cédé

L’essentiel

Des centaines de supermarchés français ont vu leurs frigos pilotés à distance par des pirates. Retour sur les failles Danfoss et la réponse de l'ANSSI.

À retenir

Des centaines de supermarchés français ont vu leurs frigos pilotés à distance par des pirates. Retour sur les failles Danfoss et la réponse de l'ANSSI.

Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, des pirates ont pris la main sur les contrôleurs frigorifiques de plusieurs centaines de supermarchés français, forçant le dégivrage des meubles froids. Les enseignes visées, d’Intermarché à Monoprix, ont dû jeter leurs produits frais. Au cœur de l’affaire : des automates Danfoss anciens, exposés sur internet et vulnérables depuis des mois.

Ce qui s’est passé dans les magasins

D’après la dépêche reprise par Sud Radio, les distributeurs ont confirmé à l’AFP l’ampleur de l’incident : au moins 300 points de vente Intermarché et Netto, moins d’une centaine de magasins de Coopérative U, 80 supermarchés Carrefour, une trentaine de Monoprix et plusieurs magasins E.Leclerc. BleepingComputer évoque de son côté une fourchette de 250 à 350 magasins touchés, selon les médias français. Les chiffres varient donc d’une source à l’autre, et aucun bilan consolidé n’a été publié.

Le mode opératoire est inhabituel. Aucune donnée n’a été volée : les attaquants ont déclenché à distance la fonction de dégivrage automatique des équipements. Thierry Cotillard, à la tête d’Intermarché, explique que les températures sont montées jusqu’à 50 degrés. Selon Presse-citron, Dominique Schelcher, patron de Coopérative U, a qualifié la situation d’« inacceptable ».

Pourquoi des frigos connectés deviennent une cible

Une source proche du dossier, citée par Sud Radio, désigne les systèmes de régulation du fabricant danois Danfoss. Le groupe indique que la plupart des unités touchées sont des produits arrivés en fin de vie, qui ne reçoivent plus de correctifs logiciels ni de mises à jour de sécurité. Il affirme avoir recommandé depuis longtemps à ses clients de migrer ces installations.

Le terrain était connu. BleepingComputer rappelle que deux failles des contrôleurs AK-SM 800A avaient été décrites par les chercheurs de Claroty Team82 : un contournement d’authentification (CVE-2025-41450) et une injection de commandes (CVE-2025-41451), déjà signalés par l’agence américaine CISA en 2025. Le même média cite Baptiste Robert, dirigeant de Predicta Lab, qui a recensé 2 752 systèmes Danfoss accessibles en ligne, dont 1 590 en France. Danfoss avait en outre alerté le 18 septembre sur une faille grave permettant de lire et modifier des valeurs internes.

Ce cas illustre un problème plus large : les automates industriels ont longtemps été conçus pour être fiables et peu coûteux, pas pour résister à une attaque. C’est l’analyse d’Antoine Hautin, du cabinet Almond, rapportée par Sud Radio, qui note aussi « une certaine sophistication » de l’opération.

La réponse des autorités

Le directeur de l’ANSSI, Vincent Strubel, a jugé urgent de déconnecter d’internet les contrôleurs des séries AK-SM et AK-SC, ou au minimum de leur appliquer un filtrage réseau très strict. Le parquet de Paris s’est saisi d’office ; l’enquête, confiée à l’office anticybercriminalité (OFAC), doit recenser les victimes et relier l’attaque aux pertes de denrées et aux départs de feu signalés. Le Premier ministre a demandé à l’ANSSI de prendre le dossier en main, selon son entourage. Le commissaire européen Christophe Hansen a condamné l’attaque, d’après BleepingComputer.

Dans son récapitulatif hebdomadaire, LeMagIT classe l’épisode parmi une semaine particulièrement chargée, avec d’autres incidents en France comme l’arrêt des opérations d’un terminal du port du Havre, dont la nature reste à confirmer.

Ce que ça coûte, et pour qui

Pour les magasins, la conséquence immédiate est la rupture de la chaîne du froid : tous les produits concernés doivent être détruits. Le patron des Mousquetaires estime les pertes à des dizaines de millions d’euros à l’échelle nationale, une estimation et non un chiffre audité. Intermarché craint en outre que ses assurances ne couvrent pas ce type de sinistre.

La leçon dépasse la grande distribution. Tout commerce, entrepôt ou restaurant qui pilote son froid, son chauffage ou sa ventilation par un boîtier joignable depuis internet est exposé au même risque. Les gestes de base sont connus : inventorier ces équipements, les retirer d’internet ou les placer derrière un accès filtré, appliquer les correctifs et remplacer le matériel qui n’est plus maintenu. La fédération du commerce (FCD) a d’ailleurs demandé à Danfoss et aux frigoristes une transparence totale.

Questions fréquentes

Des données de clients ont-elles été volées ?

Selon les informations disponibles, non. L’attaque visait le pilotage des équipements frigorifiques, pas les systèmes de caisse ou les fichiers clients.

Les produits vendus étaient-ils dangereux ?

Les enseignes indiquent avoir retiré et jeté les produits des meubles touchés pour respecter la chaîne du froid. Aucune source consultée ne fait état d’intoxication.

Qui est derrière l’attaque ?

À ce stade, aucun auteur n’a été identifié publiquement. L’enquête du parquet de Paris, menée par l’OFAC, est en cours.

Sources

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