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Travail physique : les robots rentables pour 0,3 % des tâches seulement, selon Anthropic

L’essentiel

Les robots pourraient faire 34 % du temps de travail aux États-Unis, mais ne sont rentables que pour 0,3 % des tâches, selon une étude d’Anthropic.

À retenir

Les robots pourraient faire 34 % du temps de travail aux États-Unis, mais ne sont rentables que pour 0,3 % des tâches, selon une étude d’Anthropic.

Les robots actuels pourraient techniquement effectuer environ trois quarts des tâches physiques réalisées aux États-Unis, soit 34 % du temps de travail total, mais ils ne sont compétitifs face aux humains que pour 0,3 % des tâches, selon une étude publiée le 30 septembre 2026 par l’équipe économique d’Anthropic. Cet écart entre le faisable et le rentable dessine une automatisation du travail manuel bien plus lente que ne le laissent croire les démonstrations.

Distinguer ce qui est faisable de ce qui est rentable

Dans cette étude, les économistes Russell Legate-Yang et Maxim Massenkoff ont passé en revue environ 19 000 descriptions de tâches de la base américaine O*NET, couvrant quelque 900 métiers, croisées avec les données d’emploi et de salaires du Bureau of Labor Statistics. Le modèle Claude, conçu par Anthropic, a classé chaque tâche selon ses exigences physiques, cognitives ou relationnelles, puis recherché des déploiements, ventes ou démonstrations documentés de robots capables de l’accomplir. Quatre niveaux en découlent : tâche hors de portée, faisable dans un environnement conçu pour la machine (une chaîne d’usine), dans un lieu de travail structuré (un entrepôt) ou en milieu ouvert (une route). Le coût annualisé du robot, achat et fonctionnement compris, est ensuite comparé à la rémunération totale du salarié pour le temps passé sur la tâche.

Le travail physique représente environ 46 % du temps de travail américain. L’essentiel de ce qui est automatisable se trouve dans des environnements contrôlés : les milieux ouverts ne pèsent qu’environ 1 % du temps de travail. En ajoutant les grands modèles de langage, environ 80 % du temps de travail serait exposé aux robots ou à l’IA.

0,3 % aujourd’hui, et un calendrier qui se compte en décennies

Le verdict économique est sévère. La part rentable concerne tout de même quelque 300 000 travailleurs dont les robots peuvent assurer 95 % des tâches, parmi lesquels des emballeurs et des ouvriers du pneumatique. Les États-Unis comptent environ 560 000 emballeurs et conditionneurs : un système remplaçant à peu près quatorze d’entre eux coûte plus de 2 millions de dollars à l’achat et à l’installation, soit environ 45 000 dollars par an et par poste remplacé, contre une rémunération d’environ 49 000 dollars. Ailleurs, l’écart reste net : automatiser la soudure coûterait environ cinq fois plus cher que d’employer des soudeurs.

Les prix des robots reculent d’environ 3 % par an depuis les années 1990. À ce rythme, il faudrait environ sept ans pour une baisse de 20 %, qui les rendrait rentables pour le travail physique de 2,8 millions de personnes, et une quarantaine d’années pour atteindre 10 % des tâches. La moitié du travail physique ne deviendrait rentable qu’en 2085, ou dès 2050 dans un scénario d’adoption rapide.

Qui est exposé, et ce qui freine

Neuf des dix métiers les plus exposés sont des conducteurs, les chauffeurs de taxi en tête avec un indice de 2,2 sur 3. L’étude rappelle, comme le relève HR Dive, que les véhicules autonomes n’ont pas encore bouleversé ces emplois à grande échelle. À l’inverse, la santé, l’installation et la réparation ou les services sociaux restent peu exposés. Les salariés les plus exposés sont plus souvent des hommes, moins souvent diplômés du supérieur, gagnent environ 30 dollars de moins de l’heure et subissent un taux de chômage plus de deux fois supérieur.

Au-delà du prix, les capacités techniques bloquent environ 70 % des tâches physiques ; la manipulation d’objets est le principal verrou, pour la moitié d’entre elles. La réglementation interdirait aujourd’hui aux robots 14 % des tâches physiques, surtout dans la santé, la sécurité et l’éducation, et les préférences humaines en freinent un quart. Les auteurs soulignent enfin que la parité de coût n’entraîne pas forcément un chômage élevé : les tâches restées humaines peuvent devenir des goulets d’étranglement.

Des limites à garder en tête

L’étude ne porte que sur les États-Unis et s’appuie sur des coûts estimés à partir de recherches menées par Claude, que les auteurs qualifient eux-mêmes d’approximatifs. Elle applique des baisses de prix uniformes et pourrait sous-estimer des robots dopés à l’IA capables de brûler les étapes. Elle émane en outre d’une entreprise d’IA qui fait noter les tâches par son propre modèle. Sa logique, qui compare le coût d’un robot à celui d’un salarié, suggère que le seuil de rentabilité est encore plus lointain là où le travail coûte moins cher, mais aucun chiffre n’est avancé pour d’autres pays.

Questions fréquentes

Les robots vont-ils remplacer un tiers des emplois ?

Non. Les 34 % désignent la part du temps de travail que des robots existants sauraient techniquement accomplir. L’automatisation rentable ne concerne aujourd’hui que 0,3 % des tâches, selon l’étude.

Quels métiers sont les plus exposés ?

Surtout les conducteurs (taxis, navettes, engins), ainsi que des métiers d’entrepôt et de conditionnement. La santé, la réparation et les services sociaux le sont peu.

Quand l’automatisation physique deviendra-t-elle rentable à grande échelle ?

Au rythme historique de baisse des prix, il faudrait une quarantaine d’années pour atteindre 10 % des tâches, et la moitié du travail physique ne serait rentable que vers 2085, selon les projections des auteurs.

Sources

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