Piero Cipollone, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a précisé début octobre le calendrier de l’euro numérique : un projet pilote d’un an à partir du second semestre 2027 avec 36 prestataires de paiement, puis une première émission possible en 2029. Ce calendrier reste suspendu aux négociations entre le Parlement européen et les États membres, dont Piero Cipollone attend l’aboutissement d’ici à la fin de l’année. Le montant que chacun pourra détenir n’est toujours pas fixé.
Le texte européen entre dans sa dernière ligne droite
Proposé par la Commission européenne le 28 juin 2023, le règlement sur l’euro numérique a franchi cet été une étape décisive. Selon l’Observatoire législatif du Parlement européen, la commission des affaires économiques et monétaires a adopté son rapport le 23 juin 2026, sous la conduite du rapporteur Fernando Navarrete Rojas (PPE), et décidé dans la foulée d’ouvrir des négociations avec le Conseil, décision confirmée en séance plénière le 9 juillet. Les États membres avaient arrêté leur position dès décembre 2025, a rappelé Piero Cipollone lors d’un discours prononcé le 6 octobre à Francfort.
Les discussions à trois entre Parlement, Conseil et Commission sont désormais engagées. Le responsable de la BCE estime, dans un entretien au Corriere della Sera publié le 8 octobre, que le texte devrait être prêt à cette échéance, tout en soulignant que tout ne dépend pas de la banque centrale. Le conseil des gouverneurs ne se prononcera sur l’émission qu’une fois la loi adoptée.
Un pilote en 2027, une émission envisagée en 2029
Côté BCE, la préparation se poursuit sans attendre le vote final. L’institution a retenu 36 prestataires de services de paiement de la zone euro, à l’issue d’un appel qui a suscité plus de 50 candidatures. Le pilote doit débuter au second semestre 2027 et durer douze mois. La BCE dit vouloir être prête pour une éventuelle première émission en 2029 ; interrogé sur cette échéance par le quotidien italien, Piero Cipollone a répondu par l’affirmative.
Dans sa forme envisagée, l’euro numérique serait utilisable avec ou sans connexion, partout dans la zone euro, pour rembourser un proche, régler un commerçant ou payer un achat en ligne. Il serait distribué par les banques et les autres prestataires de paiement agréés, la BCE n’offrant aucun service directement aux clients. Une carte est prévue pour les personnes sans smartphone.
L’argument de la souveraineté
La BCE justifie le projet par la dépendance de l’Europe aux réseaux de cartes internationaux. Deux tiers des paiements par carte de la zone euro passent par des schémas internationaux, et 13 des 21 pays membres ne disposent d’aucun réseau national, selon le discours du 6 octobre. « Sans notre propre système de paiement numérique, nous sommes à la merci d’autres opérateurs », a résumé Piero Cipollone dans son entretien.
La banque centrale met aussi en avant l’intérêt des commerçants. L’Eurosystème ne prélèverait ni frais de schéma ni frais de traitement sur les transactions, tandis que la rémunération des banques et prestataires de paiement reste en discussion dans le cadre législatif. Selon Piero Cipollone, le coût d’acceptation des paiements numériques pourrait être divisé par deux pour les petits commerçants. Pour les particuliers, l’euro numérique serait gratuit et viendrait compléter les espèces, non les remplacer, a-t-il assuré au Corriere della Sera.
Les banques et la question des plafonds
Le point le plus sensible reste l’effet sur les dépôts bancaires. L’euro numérique ne serait pas rémunéré et chaque détenteur serait soumis à un plafond, dont le niveau n’est pas arrêté. Pour mesurer les risques, la BCE a simulé des plafonds hypothétiques compris entre 500 et 3 000 euros sur les bilans de 2 025 banques. Avec un plafond de 3 000 euros, et sans tenir compte des dépôts supplémentaires liés au recul des espèces, le ratio de liquidité agrégé de ces banques ne reculerait que de 166 % à 163 %, selon ces travaux.
La BCE ajoute que la numérisation des paiements pourrait, à elle seule, entraîner un afflux potentiel de 127 milliards d’euros de dépôts d’ici 2034, à mesure que les règlements quittent les espèces pour les comptes bancaires. « L’euro numérique n’est donc pas conçu pour désintermédier les banques », a insisté Piero Cipollone. Ces chiffres restent illustratifs et ne préjugent pas du plafond qui sera retenu.
Questions fréquentes
Quand pourra-t-on payer en euro numérique ?
Pas avant 2029 pour le grand public, et seulement si le règlement est adopté. Un pilote de douze mois doit commencer au second semestre 2027 avec les 36 prestataires sélectionnés par la BCE.
Combien pourra-t-on détenir ?
Le plafond n’est pas fixé. La BCE a étudié des montants compris entre 500 et 3 000 euros, à titre d’illustration, mais aucun niveau n’a été arrêté à ce stade.
L’euro numérique va-t-il remplacer les espèces ?
Non, selon la BCE : il est conçu comme un complément gratuit pour les particuliers, utilisable même sans connexion internet, à la manière des billets.
Sources
- Money in the digital age: digital euro, tokenisation and the role of central banks (discours de Piero Cipollone) — Banque centrale européenne, 2026-10-06
- Interview with Corriere della Sera (Piero Cipollone) — Corriere della Sera, publié par la BCE, 2026-10-08
- 2023/0212(COD) Digital euro : fiche de procédure — Parlement européen, Observatoire législatif, 2026-07-09