En inaugurant le Mondial de l’Auto le 12 octobre 2026 à Paris, Emmanuel Macron a placé la « préférence européenne » au cœur de son message : conditionner les aides publiques du secteur à une production réellement réalisée dans l’Union européenne. L’idée répond à la pression des constructeurs chinois, au moment où la voiture électrique bat des records de ventes en France. Ses contours restaient toutefois à finaliser au 12 octobre, en particulier avec l’Allemagne.
Un salon sous le signe de l’électrique
Ouvert au public du 13 au 18 octobre à la porte de Versailles, ce Mondial est le dernier du mandat présidentiel, rappelle Euronews. L’Élysée a fixé trois priorités à la filière : l’électrification, la préférence européenne et l’innovation, notamment autour du véhicule autonome et connecté. Selon une dépêche de l’AFP publiée par Connaissance des énergies, les voitures électriques ont représenté 41,1 % des ventes en France en septembre 2026, un record d’après le service statistique du ministère, contre 1 % en 2017.
Ce succès cache une faiblesse : selon la présidence, à peine plus d’un quart (26 %) des voitures électriques neuves immatriculées en France sortent d’usines françaises. Euronews cite aussi l’Insee : en 2025, la France a immatriculé 331 000 voitures électriques neuves, quand ses usines en produisaient 216 000. Le média ajoute, sans l’attribuer à l’Insee, que six voitures électriques sur dix produites en France partent à l’export. L’objectif gouvernemental de deux millions de véhicules électriques produits chaque année d’ici 2030 reste lointain.
Ce que recouvre la préférence européenne
Paris veut que l’Union soutienne ce qu’elle fabrique, sur toute la chaîne de valeur, des batteries aux pièces détachées. D’après le Journal de l’Automobile, la France entend limiter cette préférence aux vingt-sept États membres et l’appliquer aux véhicules, aux batteries, aux pièces et aux autres composants, dans le cadre des discussions sur l’Industrial Accelerator Act. L’Élysée rejette les « usines tournevis », où l’essentiel de la valeur serait créé hors d’Europe et seul l’assemblage final réalisé sur place.
Le texte en discussion est le règlement d’accélération industrielle proposé par la Commission le 4 mars 2026, qui prévoit de conditionner certaines aides publiques à une production européenne et à de faibles émissions, selon l’AFP. Les investissements chinois ne sont pas exclus : selon le Journal de l’Automobile, l’Élysée les accepte s’ils créent des emplois locaux et transfèrent des technologies, et cite en exemple l’association de Renault et d’Envision à Douai. Le constructeur Dongfeng doit par ailleurs être accueilli dans l’usine Stellantis de Rennes.
Le nœud franco-allemand
Berlin, comme d’autres capitales, plaide pour une approche plus ouverte, qui inclurait certains partenaires commerciaux de l’Union. Selon Euronews, l’Allemagne redoute des représailles contre ses constructeurs, très dépendants de la clientèle chinoise. Le quotidien allemand Handelsblatt avait évoqué un compromis : ramener à 80 % la baisse des émissions de CO2 des voitures neuves exigée en 2035 par rapport à 2021, au lieu des 90 % proposés par la Commission, en échange de règles plus strictes sur la production européenne. L’Élysée a démenti avant le salon : « Il n’y a pas d’accord ».
Le 12 octobre, le ton a évolué. Selon le compte rendu publié par l’Élysée, Emmanuel Macron a indiqué qu’un accord avec les partenaires allemands était en cours de finalisation : « Cet accord, il est imminent. » Il doit notamment fixer le périmètre géographique de l’accélérateur industriel et les règles de contenu européen, mais le président a refusé d’en dévoiler les termes sur le CO2.
Ce que cela changerait, et pour qui
Pour les acheteurs, le principe reviendrait à réserver certaines aides publiques aux véhicules réellement produits dans l’Union, composants compris. Côté production, l’Élysée se félicite, selon Euronews, de l’implantation dans le nord du pays de quatre usines de batteries. Il met aussi en avant l’écart d’échelle avec la Chine : une capacité d’environ 55 millions de véhicules, face à un marché européen d’environ 12 millions, d’après l’AFP. Le 9 octobre, la Chine a d’ailleurs accepté de réduire fortement ses exportations d’hybrides vers l’Union, selon la même source ; le 12 octobre, Emmanuel Macron a présenté cet accord comme le début d’un processus destiné à mieux protéger le marché européen. Au 12 octobre, ni le contenu de l’accord franco-allemand ni celui du règlement européen n’étaient publics : l’effet sur les prix et sur l’offre reste impossible à chiffrer.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la « préférence européenne » dans l’automobile ?
C’est le principe, défendu par la France, de réserver certaines aides publiques aux véhicules et composants réellement produits dans l’Union européenne, des batteries aux pièces, plutôt que simplement assemblés sur place.
Quelle part des voitures électriques vendues en France y est fabriquée ?
Selon la présidence de la République, 26 % des véhicules électriques neufs immatriculés en France sont produits sur le territoire national.
L’objectif européen de 2035 va-t-il être assoupli ?
Au 12 octobre 2026, rien n’était acté. Un compromis rapporté par Handelsblatt prévoyait une baisse de 80 % des émissions au lieu de 90 %, mais l’Élysée l’a démenti ; le 12 octobre, Emmanuel Macron a seulement jugé un accord avec l’Allemagne imminent, sans en donner les termes.
Sources
- Macron va mettre l'accent sur la préférence européenne lundi au Mondial de l'Auto — Connaissance des énergies (dépêche AFP), 2026-10-11
- Mondial de l'Auto : Macron plaide pour la préférence européenne face à la Chine — Euronews, 2026-10-11
- Automobile : l'Élysée défend une production européenne à 27 — Journal de l'Automobile, 2026-10-09
- Déplacement au Mondial de l'Auto — Élysée, 2026-10-12