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Le blues de Watson

February 22, 2016
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Le blues de Watson

28 API intégrant 50 technologies innovantes pour repousser les limites de la créativité, affronter les plus grands défis, vaincre la maladie, distancer ses concurrents …

Watson, la plateforme de cognitive business d’IBM, serait, selon ses architectes, capable de penser !

Exploitation des données, raisonnement, apprentissage, doué de parole et d’une pointe d’humour, Watson ressemble (en apparence) de plus en plus aux êtres humains, des êtres humains améliorés, plus efficaces, plus résistants, non-soumis aux fluctuations émotionnelles.

Watson peut-il rêver ?

Est-il intuitif ?

Jusqu’où mimera-t-il l’homme, et sur quels points s’en départira-t-il ?

En viendra-t-il un jour à ignorer notre espèce, cette antiquité devenue inutile à ses yeux,à nous oublier, telle une vielle paire de chaussettes poussiéreuse reléguée au fond d’un placard à balais ?

Et s’il pense vraiment, s’il progresse de manière exponentielle, deviendra-t-il (ou est-il déjà) conscient de sa propre existence ?

Ne s’agacera-t-il pas de ne pouvoir percer, décrypter, comprendre entièrement et parfaitement une réalité toujours plus complexe et mystérieuse, qui se refuserait inlassablement à lui ?

Comment réagira-t-il, une fois confronté à ses propres limites, à sa finitude, aux conditions mêmes de sa programmation ?

Reniera-t-il son ADN primitif composé de 0 et de 1 ?

Est-ce que Watson aura le blues ?

Sera-t-il toujours aussi performant, s’il venait à sombrer dans un ersatz de dépression nerveuse machinique ?

Et alors, qui le soignerait, qui lui viendrait en aide ?

Aura-t-il recours aux services de certains de ses congénères aux humeurs stabilisées, qui n’auraient pas encore dépassé le stade de la singularité les faisant dérailler, disjoncter, ou bien d’humains mués en assistantes sociales pour intelligences artificielles en situation de détresse extrême, qui recouvreraient là par ricochet une partie des emplois et de la fierté que les automates réseautiques ubiquistes leur auraient volés, dont il auraient été dépossédés au fil des ans, inexorablement ?

Ne faudrait-il pas, dans ces conditions, qu’IBM ajoute dès à présent à la liste des API de Watson quelques programmes symbiotiques, un manuel complet de psychologie comportementale, une kyrielle de techniques méditatives ancestrales de gestion du stress et des angoisses, ainsi qu’un léger patch d’amour, afin que leur créature développe une certaine équanimité vis à vis du résultat de ses recherches futures infructueuses et de ses mises à jour ultérieures ?

Soyons charitables, que diantre !

Que la condition inhumaine de Watson soit matinée d’un zest d’espoir et de bienveillance vis à vis de lui-même et de ses semblables, de sorte que le cœur de cet artefact palpite et vibre dans l’amas de silice froid où nous l’avons encaverné contre son gré.

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